Chroniques

Temps de lecture : 1 min 56 s

La jasette de la gazette

« Elvis est un danger pour la jeunesse ! » - Un mon’oncle fâché en 1950

Le 21 mars 2026 — Modifié à 13 h 17 min le 18 mars 2026
Par Stéphanie Gagnon

Ça va ? Tout le monde a eu le temps de se remettre du passage d’Angine de Poitrine à Tout le monde en parle ?

J’ai la chance d’avoir une vie bien remplie, assez pour ne pas perdre de temps à me prononcer si par hasard j’hais une performance musicale (ce ne fut point le cas, mais c’est pas ce qui est important).

Ce dont je ne me suis pas remise, c’est la vague de haine que ça a créé. Quels tristes gens que ceux qui se fâchent contre une démarche artistique. Ça m’a rappelé ma première chronique il y a six ans, celle où je parlais des « gérants d’estrades », les chiâleux qui s’improvisent experts et distribuent leurs jugements gratuitement, à tout vent, sans avoir le courage de se mouiller eux-mêmes.

C’est fascinant la vitesse à laquelle tout a dégénéré. En quelques heures à peine, on comptait des milliers de réactions, certaines complètement haineuses et violentes envers les artistes, Guy A., Radio-Canada.

Pendant ce temps, ailleurs dans le monde, le même extrait récoltait des millions de visionnements et le groupe poursuivait tranquillement sa percée internationale.

Méchant contraste de voir d’un côté des gens profondément insultés quelque chose qui ne correspond pas à leur goût. De l’autre, des gens curieux, intrigués, parfois déstabilisés (ce qui est parfaitement normal devant une démarche artistique un peu éclatée) qui tentent de calmer le jeu comme le ferait une armée de Calinours à la bédaine scintillante.

C’est une idée étrange, celle que l’art devrait être confortable et compris immédiatement. La musique, c’est pas obligé de rentrer dans des petites cases rassurantes d’une playlist Spotify.

La nouveauté a le don de déranger. Ça a été le cas pour les impressionnistes, le jazz, Elvis, les tattoos, le chou kale.

Chaque époque produit ses scandales culturels, mais avec les nouvelles tribunes, on assiste à une indignation sans précédent et des gens qui n’auraient probablement jamais entendu parler d’Angine de Poitrine se sentent soudainement investis d’une mission : défendons rien de moins que la culture québécoise contre un groupe de musique expérimentale ! Au bûcher !

(Salutations aux conspis qui ont répondu présents en les accusant d’être des illuminati. My god.)

C’est désolant, cette incapacité à simplement changer de poste en se disant : c’est pas pour moi.

Philosophons. Est-ce qu’on ne s’acharne pas sur l’art parce que ça prend moins de cerveau et de courage que de se prononcer sur ce qui est vraiment très grave ? Genre, la guerre en Iran ? J’ai l’impression que pour certain, crier au scandale pour un numéro musical leur évite de se sentir

minable face à l’immensité de tout ce qui ne tourne pas rond dans le monde. Ça leur donne l’impression de contribuer.

Dans tous les cas, l’art ne sert pas uniquement à faire plaisir. Il doit aussi déranger, et dans ce cas-ci, c’est mission accomplie !

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