Chroniques

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L'opinion du lecteur

Non au TGV, oui au train dans toutes les régions.

Le 19 juin 2026 — Modifié à 07 h 00 min
Par Denis Trottier, ex-député de Roberval

J’ai toujours aimé les trains depuis que je suis tout jeune. J’ai fait partie des premiers écologistes il y a plus de 50 ans et je le suis encore. J’étais d’accord pour qu’il y un TG, à cette époque. Dans les dernières années, j’ai fait plusieurs voyages en train sur différents tronçons dont Québec/Toronto, Québec/Halifax, Chambord/Montréal, etc. Le personnel est gentil, les sièges sont confortables, les wagons sont propres, mais ça brasse comme si on était dans une machine à laver. Les rails sont piteux états et le CN, qui en est le propriétaire, ne veut pas investir là-dedans. À tout moment, le train s’arrête pour laisser passer les marchandises du CN. Récemment un spécialiste international des réseaux ferroviaires disait dans la revue L’Actualité, qu’on avait un des pires réseaux ferroviaires au monde pour les passagers. Actuellement, si vous prenez le train de Chambord à Montréal, en calculant les temps d’arrêts, le train file à la fabuleuse vitesse moyenne de 40 kilomètres heure, alors qu’en 1888 le premier train à venir à Chambord dépassait le 60 kilomètres heure.

Si vous me demandez : « aimerais-tu qu’il y ait un TGV au Québec », je répondrais : bien sûr que j’aimerais ça, tout comme j’aimerais que les études universitaires soient gratuites, qu’on augmente la pension des plus âgés-es et que les logements soient moins chers. Mais tout ça à un prix. Parlant de prix, combien coûteront les billets et qui pourra se les payer?

Pour le TGV, c’est un minimum de 100 milliards, plus les « nécessaires et obligatoires » dépassements des coûts, plus les coûts d’entretien et celui des déficits annuels. À n’en pas douter ce projet a d’excellentes chances de devenir pharaonique. Au moment on nous dit qu’il va falloir investir massivement dans l’armement pour nous protéger, on manque cruellement d’argent pour la santé, l’éducation, l’environnement, etc. Certains-nes diront que le TGV est écologique. Ils et elles ont en partie raison, mais est-ce le meilleur investissement que nous pouvons faire en matière d’environnement? Je ne crois pas.

On ne pourra pas tout se payer. On devrait prendre exemple sur la Suisse, la Finlande et la Norvège, qui ont fait le choix de ne pas avoir de TGV, qui n’aurait

desservi que les grandes villes. Ils ont privilégié des trains beaucoup moins coûteux qui peuvent atteindre tout de même 220 kilomètres heure et relient l’ensemble de leurs territoires, favorisant ainsi les transports interrégionaux. Miser un gros magot qui risque de devenir un éléphant blanc, qu’on ne cessera de nourrir année après année, peut devenir un gouffre financier sans fin. Offrir un service encore meilleur pour les grands centres, qui sont à proximité de tous les services et qui sont déjà desservis par plusieurs moyens de transport, m’apparaît comme étant ni équitable, ni écologique.

Ceux et celles des différentes régions, qui ont le plus de distance à parcourir afin d’avoir accès à des services spécialisés, sont habituellement ceux et celles qui sont les moins bien desservis en matière de transport en commun. Beaucoup de Québécois et Québécoises n’ont accès, ni aux avions, ni aux autobus, ni aux trains. Et lorsqu’ils et elles possèdent certains services de transport, ce n’est pas un service quotidien et ça file à la folle vitesse de 40 kilomètres heure. Une partie des impôts que paient les régionaux servira à payer le TGV, sans recevoir aucune amélioration de leur situation. La présence du gouvernement fédéral dans les grandes villes, tant en termes d’emplois que d’investissements, est très importante par le biais de différents services, centres de recherche, agences de toutes sortes, ministères, etc. La situation dans les régions et les petites municipalités est totalement inverse. Au cours des 50 dernières années, le gouvernement fédéral y a coupé sa présence de façon drastique. C’est ainsi qu’on a coupé le soutien aux petits aéroports régionaux, aux quais fédéraux, au transport par train et bientôt on fermera les bureaux de postes qui n’avaient pas été encore fermés. La seule présence du fédéral qui nous restera sera celle de la collecte des impôts. Soyons clairs : les régionaux n’en ont pas pour leur argent.

Nous sommes à l’heure des choix. Une société ne progresse que lorsqu’elle a des objectifs communs qui rassemblent. Lorsqu’un projet qui devrait rallier soulève beaucoup de controverses, c’est un signe qui ne ment pas.

Si nous voulons développer l’ensemble du Québec, si nous voulons favoriser les échanges et le tourisme interrégional, si nous voulons améliorer tant les services que la sécurité des gens dans une perspective écologique et économique ce n’est

pas d’un TGV dont nous avons besoin, mais d’un train efficace à coûts acceptables pour toutes les régions qui seraient ainsi reliées à Québec et Montréal.

Un service de train pour tout le Québec sera plus écologique, plus équitable et moins coûteux qu’un TGV, nous permettant d’investir dans d’autres services essentiels.

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