Lorsque l’on devient lassé des stations de ski, de leurs longues remontées mécaniques, des descentes répétitives et des foules à supporter pour recommencer le processus, que reste-t-il à faire ? Accrocher ses skis ou trouver une discipline qui saura étancher sa soif d’aventure, rallumer sa flamme ? Pour des passionnés tels que Phillippe Girard, la réponse va de soi : elle prend forme dans le backcountry, la descente hors-piste en montagne éloignée, où les remontées se font à la force des jambes.
Le ski backcountry est une pratique qui se déroule en dehors des pistes balisées et entretenues des stations. Aussi appelé ski de haute route ou ski de montagne, il s’agit d’une discipline qui peut se pratiquer à l’aide de skis alpins, de télémark, d’une planche à neige ou d’une planche divisible. Bien souvent, ceux qui tentent l’expérience sont en quête d’aventure, d’émotions fortes et d’un sentiment de liberté.
Ce sont d’ailleurs plusieurs raisons qui ont poussé Philippe Girard à pousser l’une de ses activités favorites à un autre niveau.
« C’est un peu comme une forme d’émancipation. Je suis un fan de ski et je déteste payer pour des stations. Je trouve que c’est un plus grand défi et plus plaisant de monter à pied et descendre la montagne en ski par la suite, que de payer pour le faire. C’est un accès à la liberté. C’est de la découverte et c’est l’ouverture à la découverte. »
Technicien forestier et intervenant en plein air de formation, M. Girard est un habitué de la nature québécoise et sait comment naviguer à travers les différentes épreuves que le backcountry peut présenter.
Le skieur organise ses sorties de manière autonome depuis maintenant six ans. Avec le temps, il a découvert de nombreux endroits fabuleux dans la province pour glisser.
Il est possible de faire du backcountry à des endroits tels que les monts Chic-Chocs en Gaspésie, le parc national de la Jacques-Cartier et même ici, au Saguenay, au cœur des monts Valin.
« Il y a beaucoup plus d’endroits qu’on le pense, sauf qu’ils sont cachés. Ce n’est pas facile d’accès ni instinctif de s’y rendre, mais il reste que le Saguenay, c’est magnifique pour le ski hors-piste. La beauté du Saguenay, c’est que c’est surtout de la roche. Tu as des sommets, de vieux sommets qui datent du précambrien et qui étaient autrefois de grosses montagnes. Avec le gel et le dégel, ainsi que le couvert forestier qu’on a, cela a créé des décrochements rocheux qui offrent potentiellement plusieurs endroits pour la descente en ski », explique-t-il.
Pour découvrir ces lieux, le skieur doit en grande partie compter sur ses propres moyens. Cependant, des organismes sans but lucratif, tels que la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade (FQME), ont pour mission de développer et de promouvoir la pratique autonome, encadrée et sécuritaire du ski de montagne, de l’escalade et des activités de plein air en montagne.
Équipement et précautions
Bien sûr, s’aventurer en territoire sauvage ne vient pas sans risques, et ces sorties doivent être pensées de façon rigoureuse en fonction de la sécurité et des conditions en montagne.
En plus d’un équipement de ski facilitant l’ascension, chaque participant doit posséder une formation et un équipement adaptés aux avalanches.
« Un accident, c’est si vite arrivé et, quand tu n’as pas les notions nécessaires, une avalanche, ce n’est plaisant pour personne. Ça m’est arrivé il y a un an et demi. On était à un endroit qu’on n’avait jamais fréquenté et personne n’avait son équipement d’avalanche à ce moment-là. Il y avait des signes avant-coureurs, mais on n’a pas fait assez attention. J’ai été enseveli jusqu’au menton et, si j’avais été enseveli complètement, on n’aurait eu aucun moyen de me retrouver. J’ai été chanceux, c’est ce qui m’a gardé en vie », confie Philippe Girard.
Dans un équipement d’avalanche, on retrouve un DVA (détecteur de victimes d’avalanche), une pelle, une sonde et un bâton pour localiser une personne enfouie sous la neige.
« Le plus grand danger dans des situations comme celle-ci, c’est toi-même : tes émotions et ton envie de skier. Il faut savoir rebrousser chemin quand ce n’est pas sécuritaire, même si tu en as vraiment envie. »
Planifier ses heures de départ et d’arrivée, et en aviser une personne extérieure, fait également partie des éléments importants à établir avant son départ.
« Dans l’éventualité où quelque chose arrive, au moins une personne le saura et pourra intervenir si l’on manque à l’appel », explique-t-il.
Améliorer l’accessibilité
Afin de permettre à davantage de personnes de découvrir le backcountry, Philippe Girard est en train de développer un recueil où seront réunies plusieurs informations importantes.
Le tout sera régulièrement mis à jour et accessible en ligne. Il tentera de définir, de la manière la plus juste possible, les endroits accessibles, les zones à éviter et les nouvelles descentes découvertes.