L’un des projets travaillés dans le plus grand secret par Promotion Saguenay, vers la fin du dernier mandat de l’administration Jean Tremblay, ne se réalisera pas dans la région. Dans le contexte de l’annonce du gouvernement d’Ottawa d’un corridor du Nord transcanadien, le mégaprojet d’une usine de production et d’exportation de gaz naturel est récupéré par Baie-Comeau.
Pendant qu’à Saguenay on s’active autour d’un projet de construction ou de rénovation d’amphithéâtre, Baie-Comeau, ville de tout au plus 25 000 habitants, travaille en étroite collaboration avec le gouvernement fédéral pour obtenir les autorisations et l’acceptation sociale afin de mettre sur pied un projet de plusieurs milliards de dollars. Un projet que Promotion Saguenay cherchait, depuis plusieurs années, à installer dans le parc industrialo-portuaire de Grande-Anse.
Contexte favorable
La Norvège, ce pays d’un peu plus de 5 millions d’habitants, n’est pas seulement championne aux Olympiques, elle produit des entreprises mondialement reconnues pour leur expertise dans le domaine énergétique, notamment dans la production du gaz naturel liquéfié (GNL). Marinvest Energy appartient à celles-là. Elle veut construire un complexe de production et d’exportation de GNL dans la baie des Anglais, à Baie-Comeau.
Le contexte favorable, provoqué par le besoin du Canada de diversifier les partenaires importateurs, a créé une ouverture à l’entreprise norvégienne qui a choisi Baie-Comeau pour y réaliser son mégaprojet. Le gouvernement canadien y croit tellement qu’il met tout son poids pour faciliter le passage à travers toutes les étapes de la réalisation. Ottawa a participé, entre autres, à faciliter le rapprochement avec les Premières Nations, constate Greenpeace, qui a obtenu ces informations par une demande d’accès à l’information.
Gazoduc de 1 000 kilomètres
Alors que le projet de GNL Saguenay prévoyait la construction d’un pipeline de 780 kilomètres jusqu’au port de Grande-Anse, celui de Baie-Comeau devrait s’allonger jusqu’à 1 000 kilomètres, dont la majeure partie éviterait le tracé prévu pour Saguenay. Plusieurs kilomètres traversent les vastes terres de la forêt boréale, d’où la nécessité de conclure des ententes avec les représentants des Premières Nations.
Cependant, en choisissant la baie des Anglais de Baie-Comeau, Marinvest évite la rivière Saguenay et se rapproche du marché européen. L’augmentation de la circulation maritime dans le Saguenay s’avérait un argument de taille dans le processus d’évaluation environnementale.
Envergure du projet
Déjà en 2015, Promotion Saguenay gardait profil bas face au mégaprojet GNL présenté aux actionnaires de l’organisme municipal. En fait, on n’osait parler des milliards de dollars et des centaines d’emplois en jeu que du bout des lèvres. On semblait craindre la réaction des environnementalistes et le temps leur a donné raison.
D’ailleurs, en 2022, aucun de nos élus ne s’est levé pour défendre le projet GNL à La Baie. Aujourd’hui, à Saguenay, les élus préfèrent encore chercher des votes en discutant d’un projet d’amphithéâtre. Mais sans la présence de nouveaux grands projets et les revenus de taxes qui en découlent, un nouvel amphithéâtre ne pourra jamais voir le jour.