Samedi, 24 février 2024

Économie

Temps de lecture : 2 min 44 s

Le savoir-faire humain, une dimension incontournable

Yohann Harvey Simard
Le 28 mars 2023 — Modifié à 15 h 40 min le 28 mars 2023
Par Yohann Harvey Simard - Journaliste de l'Initiative de journalisme local

Le savoir-faire humain, une dimension incontournable

Automatisation et robotisation des procédés industriels

Alors que certains voient dans l’automatisation et la robotisation des procédés industriels une menace pour les emplois traditionnels, d’autres y voient plutôt une opportunité de créer de meilleurs emplois, voire d’intégrer les personnes qui, jusque-là, n’avaient pas accès au marché du travail.

C’est du moins l’avis de Martin Otis, professeur en génie électrique et en informatique à l’Université du Québec à Chicoutimi.

En effet, ce dernier estime que l’automatisation ne signifie pas forcément le remplacement pur et simple des travailleurs. La démarche, nuance-t-il, vise également à robotiser certaines tâches pénibles, ou encore qui doivent être effectuées dans des environnements qui représentent un risque pour la santé.

« Les milieux qui ne sont pas ergonomiques pour la physionomie humaine peuvent notamment mener à des troubles musculosquelettiques », mentionne-t-il.

L’automatisation et la robotisation représentent une opportunité de transformer des emplois aliénants ou délétères par des emplois plus sécuritaires et gratifiants. L’utilisation des technologies numériques implique notamment la création de postes de supervision.

Vers le 5.0

Par ailleurs, le professeur mentionne l’arrivée imminente de l’industrie 5.0, dite de « personnalisation de masse », qui ramène l’être humain au cœur de l’industrie.

À une époque où bon nombre d’individus cherchent désespérément à se distinguer, l’industrie 5.0 vise à mettre en place des procédés industriels permettant la personnalisation des produits manufacturés, comme des chaussures ou des montres, par exemple.

Or, ce type de procédés requiert obligatoirement l’apport d’un être humain. Contrairement aux normes actuelles, les installations 5.0 sont ainsi conçues pour « s’adapter aux besoins de l’opérateur » afin que ce dernier puisse contribuer à la fabrication des produits personnalisés.

« On veut que tout ce qui relève de la créativité et de la résolution de problèmes demeure entre les mains de l’opérateur. »

Cobot

Martin Otis ajoute que l’industrie 5.0 introduit aussi la notion de cobot, un terme désignant la collaboration entre l’humain et la machine.

« La technologie va nous permettre d’inté-grer ou de réintégrer adéquatement les personnes avec des capacités motrices ou intellectuelles réduites, les gens qui ont eu un accident de travail, par exemple. On veut que le robot puisse effectuer les tâches très répétitives, et que l’opérateur derrière puisse amener un certain niveau de créativité et d’intelligence qui permet de garder un processus optimal. »

La cobotique constitue ainsi une façon humaniste de contrer le manque de personnel.

« Oui, il y a une pénurie de main-d’œuvre. Oui, il faut automatiser. Mais il faut aussi penser à faire la réinsertion des personnes à capacités réduites. »

Un virage qui doit se faire en douceur

Quoi qu’il en soit, il ne fait pas de doute pour Martin Otis « qu’il y a une nécessité d’automatisation parce qu’il y a une pénurie de main-d’œuvre ».

Toutefois, l’automatisation des procédés industriels n’est pas quelque chose qui se fait du jour au lendemain. Bien que le temps presse pour certaines entreprises, celles-ci ont tout avantage à prendre ce virage technologique en douceur, puisque procéder à l’automatisation de ses installations de façon précipitée est la meilleure façon de s’exposer aux échecs, estime Martin Otis.

« Souvent, dit-il, on suggère d’éviter de trop grandes transformations, de trop grands virages qui nécessiteraient des investissements majeurs. Il faut que l’automatisation soit mise en œuvre de manière progressive, et à chaque étape, il faut voir un résultat qui est gagnant pour l’entreprise. Si on essaie d’aller trop vite, il y aura des échecs à certains endroits. »

En somme, le professeur croit qu’automatiser graduellement place les entreprises en meilleure posture pour atteindre les principaux objectifs de l’automatisation, soit d’obtenir un retour sur investissement et accroître leur degré de compétitivité.

« Pour un ingénieur en automatisation, l’analyse d’affaires est très, très importante. Pour demeurer compétitif et avoir à chaque fois un retour sur investissement, l’aspect de progression dans une optique de rentabilité est extrêmement important.


Le Cahier EntrePreneurs est une initiative de Trium Médias, en collaboration avec le journal Les Affaires. Dans les éditions trimestrielles se trouvent des articles touchant directement les enjeux et défis du monde des affaires.

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