C’est une formidable incursion dans le monde du commerce de détail. L’invitée de la chaine Les Produits du Québec est Jessika Roussy, la PDG de Mode Choc, une entreprise familiale fondée à Dolbeau sous le nom d’alors, Aubaines Choc. L’entrevue est longue, 1 heure 30 minutes (avec deux angles de caméras, on est loin de Stranger Things) mais l’histoire en vaut vraiment la peine. Une vue de l’intérieur d’une PME qui se bat (et qui réussit) contre des géants. Mme Roussy s'y livre sans tabous, même quand il est question des tensions familiales, même sur sa culpabilité épisodique face à l’impact environnemental de la ‘’fast fashion’’. Elle n’en veut pas à ses propres employées qui avouent candidement acheter des vêtements sur Temu ou Shein, invoquant l’inflation galopante. D’ailleurs, on en apprend sur les pratiques de ces plateformes de commerce électronique chinoises. Vous voyez des vêtements offerts sur ces sites aux prix imbattables ? Eh bien sachez qu’ils n’existent pas ! Il s’agit d’images, souvent réalisées par l’IA à partir des produits d’autres commerçants qui eux ont payé pour le design, mais qui sont copiés par les Chinois. Avec un nombre suffisant de commandes, de ‘’paniers’’, c’est seulement alors qu’ils mettent le vêtement en production. Bref, ils profitent du travail et des investissements des autres, sans rien payer en redevances. J’adore aussi particulièrement les anecdotes. Vous savez qu’on ne s’habille pas de la même façon au Lac-Saint-Jean qu’à Québec ? Apparemment, les Jeannois adorent, entre autres, les chandails sertis d’impressions de toute sortes, et les Jeannoises vont étirer plus longtemps les modes… Autres défis : celui relevé de la Covid, qui a accéléré les ventes en ligne (avec des palettes qui jonchaient les allées et les planchers des boutiques), mais qui, étonnamment, ne constitue même pas 10% des ventes aujourd’hui. De même, tout le virage numérique, décidera Jessika, cette ex-élève en théâtre, à suivre une formation du MIT de Boston. Celui aussi des prix devenus stratosphériques des loyers commerciaux. Celui de séduire la Gen D, imperméable à la pub.
Je pourrais poursuivre, ça dure 1 heure 30. Je mets plutôt l’entrevue en lien. Inspirant comme histoire. Aujourd’hui le commerce ‘’régional’’ compte une
douzaine de commerces au Québec et au Nouveau-Brunswick et crée 500 emplois. Mme Roussy pourrait écrire un livre. PS : je suis depuis 30 ans un bon client de Mode Choc, il n’y a que là que je trouve des jeans qui me font comme un gant pour 36 dollars (Vamos, leur marque maison), bien mieux que les Lois et Levis de ce monde…
Bref cet exemple démontre surtout qu’il est possible d’entreprendre et de réussir dans le commerce de détail à partir de nos régions. Bien souvent, on associe la création et l’innovation aux grands centres comme Montréal, ou encore aux grandes capitales de la mode comme Paris ou Milan. Pourtant, des entreprises d’ici prouvent chaque jour que l’on peut concevoir, produire et faire rayonner des vêtements et des produits de qualité à partir du Saguenay–Lac-Saint-Jean et d’ailleurs au Québec. Ça nous rappelle aussi l’importance de nous soutenir entre Québécois car privilégier l’achat local, c’est contribuer directement au maintien et à la création d’emplois dans nos régions. On entend parfois dire que les produits québécois coûtent plus cher que ceux fabriqués à l’étranger; en Chine, en Inde, au Bangladesh. Or lorsqu’on prend le temps d’entrer en boutique et de découvrir l’offre d’ici, on réalise rapidement qu’il existe des produits pour tous les budgets. La différence, c’est qu’en choisissant local, on investit aussi dans la qualité, dans notre économie et dans l’avenir de nos régions.
Pour visionner l’entrevue au complet, tapez Mode Choc, entre héritage et renouveau dans YouTube.