Je suis de la vieille école, dans le sens grammatical du terme du moins. J’ai, par exemple, grandi avec la notion que le masculin l’emporte sur le féminin dans le but d’alléger un texte.
Je n’ai pas souffert de cette « règle », ni ne me suis sentie menacée par elle en tant que femme. La langue française fait partie des langues les plus complexes au monde ; son degré de précision est remarquable, presque chirurgical.
La tendance actuelle à vouloir déployer un français inclusif dans lequel les iel et les celleux de ce monde trouvent leur place, ça me fait me questionner. Je ne nie pas l’existence de la diversité de genre, au contraire. Mais est-ce que cette reconnaissance doit passer par l’alourdissement d’une langue déjà difficile ?
Une langue, c’est pas un musée figé dans le temps. Elle évolue, se transforme, se plie aux réalités sociales.
Je comprends l’argument que de ne pas être nommé et ne jamais se reconnaître dans la forme dominante, c’est pas anodin. Le langage façonne notre manière de voir le monde. Nommer, c’est reconnaître, et ensuite vient la validation. Pis c’est pas après ça que j’en ai.
C’est sur la mécanique.
Le français est déjà une langue exigeante. Accords, exceptions, participes passés, homophones … On passe des années à en maîtriser les subtilités. Que se passe-t-il lorsqu’on y ajoute des points milieux, des doublets systématiques, des néologismes encore instables ?
La richesse de notre langue permet déjà d’inclure sans alourdir. On peut choisir des formulations collectives : « la population » plutôt que « les citoyens », « le corps étudiant » plutôt que « les étudiants »… On peut aussi reformuler pour éviter le masculin générique : « l’être humain est responsable de ses choix » plutôt que « l’homme est responsable de ses choix ».
Ces adaptations ne sont ni révolutionnaires ni spectaculaires. Elles demandent seulement un peu de créativité, et peut-être que l’évolution du français ne passe pas par l’invention, mais par le discernement : utiliser ce qui existe déjà pour reconnaître chacun, tout en restant lisible et élégant.
Je suis attachée à cette langue. À sa précision et à sa capacité à nuancer une pensée au millimètre près. Et en même temps, je ne souhaite exclure personne.
Le débat n’est pas de savoir si « iel » existe, c’est de savoir comment on fait pour que la langue soit un pont et pas un champ de bataille.