Mercredi, 04 février 2026

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Dossier Domtar-Résolu

La CSN craint la fermeture des usines de pâtes et papiers de la région

Émile Boudreau
Le 04 février 2026 — Modifié à 09 h 00 min
Par Émile Boudreau - Journaliste

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) tire la sonnette d’alarme : la transaction entourant les barrages hydroélectriques de Résolu au Saguenay pourrait entraîner la fermeture de l’usine de Kénogami et compromettre l’avenir des autres usines régionales de l’entreprise.

Selon la centrale syndicale, ces barrages représentaient un actif majeur pour la région et étaient liés à des baux hydrauliques obligeant l’entreprise à maintenir ses opérations et ses investissements.

« On demande au gouvernement d'intervenir pour empêcher la transaction visant les barrages de Résolu et s'assurer du respect des conditions qui prévalaient pour Résolu envers ses usines du Saguenay–Lac-Saint-Jean », a exigé Gilles Vaillancourt, président du Syndicat national des travailleurs et des travailleuses des pâtes et papiers de Kénogami–CSN.

Selon l’information transmise par la Ville de Saguenay et partiellement confirmée par l’employeur, les barrages de Résolu auraient été transférés à une société en commandite appartenant au milliardaire indonésien Jackson Wijaya, le propriétaire des entreprises Résolu et Domtar. La municipalité n’aurait toutefois jamais été avisée de la transaction, ce que déplore ouvertement le maire de Saguenay Luc Boivin.

« Ces infrastructures hydroélectriques stratégiques sont essentielles, non seulement au maintien de notre activité économique actuelle, mais également à notre capacité d’attirer de nouveaux investissements. Nous voulons être à la table et participer activement aux décisions qui définiront l’avenir de ces actifs majeurs pour le développement de notre région », a-t-il déclaré.

Lors de la séance du conseil municipal du 3 février, Saguenay a adopté une résolution permettant d’assujettir pour dix ans plusieurs infrastructures de production, de distribution et de transport d’électricité appartenant à Résolu et à la société en commandite de Wijaya aux fins municipales.

Un contexte législatif qui inquiète les syndicats

La Fédération de l’industrie manufacturière (FIM) partage les craintes de la CSN. Avec la réforme de la gouvernance énergétique du Québec (projet de loi 69), adoptée sous bâillon en juin 2025, les obligations d’investissements et de maintien des emplois pour les centrales de moins de 100 MW, comme celles de Résolu au Saguenay, ont été assouplies. Une flexibilité qui pourrait, selon la FIM, permettre à l’entreprise de se soustraire à ses obligations en plus de détourner l’électricité produite vers des ventes plus profitables plutôt que vers ses usines à Kénogami ou à Alma.

Rappelons que cette réforme avait été amorcée par l’ex-ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, aujourd’hui conseiller auprès de Domtar–Résolu, puis finalisée par sa successeure, Christine Fréchette, maintenant candidate à la chefferie de la Coalition Avenir Québec (CAQ).

Selon la CSN, l’électricité des barrages de Résolu serait désormais destinée à une tierce industrie de la région en besoin d'énergie, conformément aux nouvelles dispositions légales permettant ce type de vente en dehors du monopole d’HydroQuébec. Les revenus générés serviraient ensuite à financer un investissement majeur à l’extérieur de la région, soit à l’usine Domtar de Gatineau.

« On demande une rencontre immédiate avec le ministre de l'Énergie, Jean Boulet, pour voir s'il est possible d'agir en faveur du développement régional du Saguenay, malgré les dispositions du projet de loi 69. Le gouvernement a encore le pouvoir d'aider le développement économique du Saguenay », affirme la présidente de la CSN, Caroline Senneville.

Elle interpelle également le premier ministre François Legault, ainsi que les aspirants à sa succession, Christine Fréchette et Bernard Drainville, afin qu’ils dévoilent leur vision du développement régional et de l’avenir de la production privée d’électricité au Québec.

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