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Par le Mouvement Onésime Tremblay

Pressions sur Québec pour mettre fin au bail hydroélectrique de Rio Tinto sur la Péribonka

Charles-Antoine Desmeules
Le 15 janvier 2026 — Modifié à 19 h 56 min
Par Charles-Antoine Desmeules - Journaliste

La fin de l’échéancier accordé à Rio Tinto pour la construction de trois alumineries sur le territoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean relance le débat sur le bail hydroélectrique de la rivière Péribonka.

Le 31 janvier dernier marquait en effet une date charnière dans le dossier de ce contrat accordé à Rio Tinto. Cette échéance correspondait à la fin du calendrier prévu pour la construction de trois alumineries, un engagement pris par la multinationale lors du renouvellement du bail en 1984, puis reconfirmé en 2006.

Or, près de 40 ans plus tard, l’objectif initial n’a toujours pas été atteint. Dans ce contexte, le Mouvement Onésime Tremblay, appuyé par plusieurs acteurs politiques et citoyens de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, réclame que le gouvernement du Québec mette fin au bail et reprenne possession des barrages et des installations hydroélectriques de la Péribonka.

« L’entente actuelle génère des milliards de dollars de profits pour Rio Tinto, pendant que la population assume des déficits tout aussi importants. On ne peut plus accepter cette situation. Il est temps de revoir le contrat social », soutient le porte-parole du mouvement, Denis Trottier.

Des engagements non respectés

Le renouvellement du bail en 2006 visait à confirmer la construction de trois usines d’aluminium de calibre mondial sur une période de 25 ans. Toutefois, l’échéancier a été repoussé à trois reprises, sans que Rio Tinto ne remplisse entièrement ses obligations.

À ce jour, seules deux alumineries ont été construites, à Alma et à Laterrière, et leur capacité ne représenterait qu’environ la moitié de l’objectif initial, selon les revendicateurs. Pour eux, ce manquement devrait permettre au gouvernement de se dégager de l’entente de 2006 et de refuser toute prolongation supplémentaire du bail.

Un enjeu de gestion des ressources publiques

La question dépasse largement le cadre industriel, estiment les opposants à l’entente actuelle. Ils rappellent que les ressources hydrauliques sont un bien collectif et que leur exploitation devrait d’abord servir les intérêts de la population québécoise.

« Nos rivières appartiennent aux Québécoises et aux Québécois. Le gouvernement a la responsabilité de les gérer dans une perspective de bien commun et d’avenir, en collaboration avec les Premières Nations », affirme Jeanne Palardy, candidate de Québec solidaire dans la circonscription de Chicoutimi.

Des retombées économiques jugées insuffisantes

Selon le Mouvement Onésime Tremblay, les bénéfices économiques pour la région se sont érodés au fil des décennies. Depuis les années 1980, les effectifs de Rio Tinto (anciennement Alcan) seraient passés d’environ 12 000 employés à près de 3 000, notamment à la suite de la fermeture des cuves Söderberg et précuites prévue d’ici 2026.

Ces pertes d’emplois représenteraient une diminution annuelle d’environ un milliard de dollars en masse salariale pour la région, avance Denis Trottier. Pendant ce temps, Rio Tinto continuerait de générer près de 350 millions de dollars de profits par année grâce à l’exploitation des forces hydrauliques, souligne la cheffe de Climat Québec, Martine Ouellet.

« Il faut s’assurer que ces profits se traduisent par un véritable développement régional. Il existe de nombreuses possibilités : transformation de l’aluminium, agriculture, serres… On en parle beaucoup, mais les contreparties concrètes sont insuffisantes », dit-elle.

Les centrales hydroélectriques de Chute-des-Passes, Chute-du-Diable et Chute-à-la-Savane constituent à elles seules un pilier du modèle industriel de Rio Tinto dans la région. L’électricité qu’elles produisent alimente directement les installations de production d’aluminium du Saguenay–Lac-Saint-Jean, ce qui fait qu’elles sont autonomes en énergie à 90%.

Grâce à ce réseau, la multinationale couvrirait ainsi l’essentiel de ses besoins énergétiques, ce qui lui assure une très grande autonomie en matière d’approvisionnement électrique, selon les données avancées par les groupes impliqués dans le dossier.

Un appel à la mobilisation régionale

Pour espérer un changement, les promoteurs du mouvement estiment que la population du Saguenay–Lac-Saint-Jean devra parler d’une seule voix. L’ancien député fédéral de Chicoutimi-Le Fjord, Robert Bouchard, déplore le manque d’unité.

« Quand on est aussi divisés, Rio Tinto doit être mort de rire de nous voir incapables de défendre nos intérêts collectifs », lance-t-il.

Une campagne de sensibilisation doit être lancée au cours des prochaines semaines afin de rallier des organismes, des élus et des citoyens autour de cette revendication.

« Si on se tient debout, on peut devenir un exemple ailleurs dans le monde et démontrer que la population du Saguenay–Lac-Saint-Jean n’a pas peur de remettre en question le pouvoir des multinationales lorsque le bien commun est en jeu », conclut Denis Trottier.

Mouvement Onésime Tremblay

Fondé en 2024, le Mouvement Onésime Tremblay vise à promouvoir une réflexion collective sur l’exploitation des ressources naturelles et sur les impacts économiques, sociaux et environnementaux des activités d’Alcan et de Rio Tinto. Il milite pour une reprise en main de ces ressources dans l’intérêt de la collectivité.

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