Après des vacances bien méritées, les membres du groupe saguenéen Orloge Simard étaient de retour sur la scène du Centre d’expérimentation musicale (CEM), à Chicoutimi, le 24 janvier dernier, pour présenter leur spectacle De Wan Chai au Bercail, qui retrace et met en valeur leur plus récente tournée en Chine.
Samedi dernier, le public a fait preuve d’un enthousiasme enflammé, chantant à l’unisson, comme on pouvait s’y attendre.
En plus d’entendre les morceaux bien connus de la formation baieriveraine, les spectateurs ont eu la chance d’apercevoir une série d’images affichées derrière les musiciens, dévoilant le « night life » de Chine, les salles de spectacles, les temples visités et bien d’autres moments marquants de la tournée.
C’est grâce à l’organisme Envol et Macadam, et à sa mission de faire rayonner les artistes québécois à l’étranger, qu’Orloge Simard a pu se produire à Hong Kong, Shenzhen, Guangzhou, Zhongshan et Zhuhai, au mois de novembre dernier.
Au fil des années, l’organisme a permis à de nombreux artistes d’ici de se produire au-delà des frontières.
« Surréaliste, c’est le mot qui décrit le mieux notre voyage, » témoigne le claviériste Andy Ellefsen. « C’était surréaliste de pouvoir chanter des chansons qui parlent de La Baie, du Saguenay–Lac-Saint-Jean et du Québec devant un public qui ne parle pas français et encore moins le joual. »
Malgré une certaine incompréhension des paroles dans la salle, la barrière de la langue n’a pas empêché le public de se laisser aller sur le plancher de danse et plonger dans l’univers d’Orloge Simard.
Selon le bassiste Guillaume Bouchard, leur musique et leur présence ont offert un vent de fraîcheur à la population chinoise.
« On a remarqué qu’il n’y a pas vraiment de groupes originaux, ils font surtout des reprises. Donc, quand nous sommes arrivés avec nos compositions, ils ont tout de suite embarqué et ont pris plaisir à nous écouter, » explique-t-il.
Pour Olivier Simard, le chanteur du groupe, ce voyage dépassait largement le simple cadre d’une tournée : il s’agissait d’une expérience exceptionnelle.
« C’est paradoxal. Les gens sont gentils et réservés, mais en même temps, il y a une forme de débauche assumée. […] Je trouve que c’était une super belle expérience. Ça nous a permis de découvrir une culture vraiment éloignée de la nôtre et d’avoir l’excuse parfaite pour jouer, explorer la Chine et s’amuser. »
Un gouvernement autoritaire à respecter
Certaines chansons ont dû être retirées durant le voyage, faute de contenus jugés inappropriés par les autorités chinoises. Des thèmes tels que la mort, la liberté et la drogue faisaient partie des sujets sensibles. Une présélection avait également été faite par le groupe afin d’en valider le contenu et ainsi obtenir l’autorisation d’entrée au pays.
« Ça n’a pas été un problème pour nous. Nous ne voulions pas aller à l’encontre des demandes : est-ce que tu veux passer six mois en prison juste pour prouver que tu es libre ? Non, je ne pense pas, » explique Andy Ellefsen.
Lors d’une représentation, un malaise s’est créé lorsque le claviériste a agité avec fierté et humour le drapeau du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Le tenancier de bar et les spectateurs se sont alors empressés de fermer les yeux et de boucher leurs oreilles.
« Ici, au Québec, je dis des choses nationalistes comme “Vive le Saguenay !”. En revanche, là-bas, je me suis adapté et je disais des niaiseries en québécois, mais c’était comme si montrer le drapeau d’une autre nation était mal vu. Les spectacles sont filmés et le propriétaire voulait que les gens comprennent qu’il n’approuvait pas ce que je pouvais dire. Le spectacle s’est bien passé, mais on a senti un certain froid. »
Retour au Québec et projets à venir
Maintenant remis de ses péripéties, le groupe donnera encore quelques représentations de De Wan Chai au Bercail.
Olivier Simard révèle qu’une sélection des meilleures prestations du somptueux Théâtre Psychiatrique d’Orloge Simard, qui célébrait le 10e anniversaire du disque Aucun Cadre, a également été faite et sera livré au cœur d’un album « live » dans les prochains mois.