Chroniques

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Une politique étrangère 2.0 pour Mark Carney?

Le 07 août 2025 — Modifié à 09 h 11 min
Par Vincent Gosselin

Le Canada prône depuis longtemps la solution à deux États dans le conflit israélo-palestinien, mais jamais n’avait-il posé le geste symbolique de reconnaître officiellement la Palestine comme un État. À l’instar de la France et du Royaume-Uni, le premier ministre Mark Carney a annoncé son intention de le faire à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies qui aura lieu en septembre.

Concrètement, cette décision n’aura sans doute aucun effet, mais elle envoie le signal d’une rupture claire entre la politique étrangère canadienne et celle de nos voisins du sud. Le changement de ton de l’Occident sur la situation humanitaire à Gaza est palpable. Même les États-Unis, alliés par excellence d’Israël, ont commencé à soulever des inquiétudes entourant le risque de famine dans l’enclave palestinienne.

RUPTURE

Aussitôt l’intention canadienne annoncée, Donald Trump a averti son homologue qu’elle nuirait à ses chances de conclure une entente commerciale avec les États-Unis. Or, ce qui dérange vraiment le président américain, c’est que son fidèle et docile voisin rompe les rangs et prenne ses propres décisions en matière de politique étrangère.

À preuve, une étude réalisée par un professeur de l’Université Laval après les révoltes du printemps arabe de 2011 a démontré que les États-Unis prenaient «presque toujours» position en premier et que le Canada suivait «presque systématiquement». Le gouvernement conservateur de Stephen Harper, au pouvoir à l’époque, était reconnu pour s’aligner sur les intérêts américains à l’étranger.

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau qui lui a succédé n’a pas non plus usé de créativité pour se doter d’une vision propre aux valeurs et aux principes que veut défendre le pays à l’international comme si le Canada s’était, au cours des 20 dernières années, désintéressé de ce qui se passe ailleurs.

SE DOTER D’UNE VISION

Mark Carney fait preuve d’audace en ajoutant sa voix à celles de leaders européens sur la question palestinienne face à un statu quo immensément moins risqué dans le contexte tumultueux de la guerre commerciale avec son principal partenaire. Le premier ministre a peut-être l’ambition de reprendre une place de choix sur la scène internationale.

En effet, le Canada a déjà été un précurseur dans la défense des droits humains sur la planète. L’implication canadienne dans les Casques bleus de l’ONU, l’initiative antiapartheid de Brian Mulroney en Afrique du Sud, le refus de Jean Chrétien de se joindre à l’invasion de l’Irak en 2003… Les exemples de positions passées allant à l’encontre de la volonté des Américains, mais permettant au Canada de se ranger du bon côté de l’Histoire, existent.

Mais depuis deux décennies, le désintérêt et le laisser-aller canadiens dans les affaires étrangères et les relations internationales ont forcé le pays à devenir un simple satellite gravitant dans la sphère d’influence états-unienne. Mark Carney a l’occasion de laisser un legs important s’il reprend les rênes de notre politique étrangère et la conduit dans une nouvelle direction.
 

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