Chroniques

Temps de lecture : 2 min 15 s

Devenir coucou

Le 13 mars 2025 — Modifié à 15 h 41 min le 12 mars 2025
Par Stéphanie Gagnon

À chaque année, je vois arriver le changement d’heure avec appréhension. Et chaque année, la vie me donne raison parce que l’ajustement, y’est jamais facile pour ma maisonnée et moi. Ces lignes que vous lisez présentement, c’est d’ailleurs de nuitte que je les ai écrites.

On est rendu à la mi-mars et je commence à peine à écrire 2025 au lieu de 2024. Je n’ai pas besoin qu’on m’ajoute un effort mental supplémentaire pour m’ajuster une nouvelle heure convenue.

Eurk-ke. La seule façon que j’aime un décalage horaire, c’est s’il est accompagné d’une semaine de vacances, et la relâche ça ne compte pas. Du sable et un daiquiri, gros minimum.

Benjamin Franklin, en 1784, avait pondu un bel essai sur comment sauver des chandelles en changeant l’heure. Belle idée sur papier, sauf qu’en 2025… C’est ça qui est ça.  L’Allemagne s’est approprié l’idée en 1916 et nous, on a suivi en 1918. En 1920, le Québec a décidé de laisser chaque ville gérer ça comme bon lui semble. Comme ça a dû être de beaux moments confus, qui ne sont pas sans rappeler les dates d’Halloween et les calendriers scolaires désuniformisés de la région. Finalement, en 1940, on a décidé d’avoir l’heure avancée à l’année pour économiser l’énergie en pleine guerre. Et on gosse avec ça depuis.

1963? On fixe la période du changement d’heure au dernier dimanche d’avril jusqu’au dernier dimanche d’octobre. 1986? Ah ben non, on va commencer ça le premier dimanche d’avril. 2007? Ah pis tant qu’à être mêlés, on va encore changer la date, cette fois au deuxième dimanche de mars jusqu’au premier de novembre. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? Mon truc mnémonique ne fonctionne plus depuis le dernier changement, ou du moins je dois l’adapter (C’était AAAvril AAAvance, OctobRRRE RRREcule. Ça fonctionne encore avec novembRRRE, mais c’est moins naturel rendu à mars. Comme la démotion de Pluton, « une nouvelle planète » est devenu « un nuage ». Oh que j’ai besoin de dormir.)

On pourrait prendre exemple sur les habitants de Sommarøy, en Norvège. Ils l’ont l’affaire, les Norvégiens. En 2019, ils ont voulu se débarrasser complètement de l’heure parce que, de toute façon, le soleil passe 3 mois sans se coucher dans leur coin du monde. Bon, il s’est avéré que ce n’était qu’un stunt publicitaire, mais l’idée me parle! J’aime imaginer un monde où on ne vivrait pas en esclaves de la trotteuse et où on arrêterait de courir après les aiguilles d’une montre qui font juste nous rappeler que finalement, on est toujours à la course.

Tout se mesure en temps, être performant en calculant chaque minute. Qui est devenu plus heureux grâce au changement d’heure? QUI ? De toute façon, elle est perdue cette heure-là, j’en passe déjà la moitié juste à fucker le chien pour ajuster le cadran dans mon char.

Le changement d’heure m’épuise, mais on dit que c’est facilitant, économiquement, d’avoir les mêmes heures ouvrables que les États-Unis. Vous me voyez venir hein ? Oh que l’occasion est belle qu’on s’affranchisse un petit pas de plus !  De toute façon, les Américains semblent vouloir reculer dans le temps avec les livres bannis, les mots proscrits, le recul des droits humains. Se coller à une idée proposée à la fin du 18ème siècle, c’est au goût du jour.

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