Mercredi, 17 juillet 2024

Chroniques

Temps de lecture : 2 min 38 s

Ne jamais tenir pour acquise la démocratie

Le 12 juin 2024 — Modifié à 13 h 22 min le 12 juin 2024
Par Richard Banford

« Chaque mensonge prononcé est accepté comme une vérité. » Cette phrase vous rappelle-t-elle quelqu’un? Une image vous vient-elle en tête? Elle colle parfaitement à Donald Trump effectivement, bien qu’il s’agisse en fait d’une partie de la description que fait le journaliste américain, correspondant de guerre, William L. Shirer de la CBC, à propos d’Adolph Hitler vers la fin des années 1930.

Les textes de Shirer, ceux qu’il a dévoilés à la CBC, comme ceux qu’il a dû cacher pour les soustraire à la censure des sbires SS durant les annexions nazies à partir de 1938, servent de toile de fond à la nouvelle série, Hitler et les Nazis, présentée sur Netflix. On y redécouvre notamment, comment un jeune artiste rejeté devient l’homme le plus vénéré de la nation allemande. Il fanatise cette population qui lui voue une loyauté jusque dans les pires ignominies que la race humaine a pu répandre sur la terre.

80 ans après le débarquement

La nouvelle série est sortie tout juste à temps pour la célébration, jeudi dernier, du 80e anniversaire du débarquement de Normandie. Ce rappel historique nous confronte à une triste réalité : Plus ça change, plus c’est pareil. Les idées d’expansions de la Russie vers des pays à population d’origine russe ressemblent, à s’y méprendre, aux annexions forcées d’Hitler et à sa soif jamais étanchée de pouvoir. La fermeture des frontières aux immigrants par les États-Unis trouve un comparable dans l’histoire de l’Allemagne nazie, tout comme la ségrégation américaine qui se rapproche de la haine entretenue par les Allemands envers les juifs.

Dans les années 1920, l’Allemagne, comme sa jumelle germanique, l’Autriche, vivait dans une société évoluée et inclusive. Personne ne discriminait les homosexuels ou les transgenres. Dans sa montée vers le pouvoir, Hitler avait donné le commandement des chemises brunes, un groupe paramilitaire, à Ernt Röhm, un officier homosexuel. Mais la popularité de Röhm faisait ombrage au führer qui le fit assassiner.

Le nationalisme débridé

Le journaliste Shirer suit de près la montée du nationalisme allemand cultivé par Hitler qui vient de découvrir comment, en jouant sur la fierté d’un peuple, on peut acquérir du pouvoir. Fort de l’appui des nationalistes de l’extrême droite, Hitler tente de renverser le gouvernement. Ce qui lui vaut la prison, une détention somme toute confortable où il écrit son manifeste raciste Mein Kampf (Mon combat).

Comme un certain Donald Trump, son éloquence et son refus d’avouer même l’évidence, lui vaut toujours plus d’appuis populaires. Même l’un des juges siégeant au procès du dictateur, devant l’éloquence de son intervention en défense, dit de lui qu’il est un être extraordinaire.

Un parallèle troublant avec l’ex-président de nos voisins du Sud. Malgré ses accusations de fomenter un coup d’État, en encourageant ses admirateurs républicains à foncer vers le Capitole, Donald Trump maintient sa cote auprès des électeurs américains. Il a déjà été reconnu coupable de malversations financières, d’agression sexuelle, de vol et dissimulations de documents, de diffamation, de tentative de corruption d’agents électoraux, mais rien n’y fait. Si des élections avaient lieu aujourd’hui, il serait élu haut la main.

L’antisémite toujours présent

La série de neuf épisodes sur Hitler et les nazis se termine sur un aveu du journaliste de la CBC qui se dit honteux de n’avoir pu lui-même décrire toutes les horreurs qu’on lui racontait. Des exactions tellement invraisemblables que lui-même en doutait.

Aujourd’hui encore, on compte aux États-Unis plus d’une trentaine de groupes antisémites.

Aujourd’hui, tout comme pour cette guerre entre la Russie et l’Ukraine, on peut vivre au jour le jour des conflits territoriaux avec ses massacres et ses outrages.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, sur place en Normandie, la semaine dernière, a rappelé, avec justesse, qu’aujourd’hui encore la démocratie est toujours menacée. Heureusement, les médias sont encore là pour nous le rappeler et réveiller notre devoir de mémoire et les leçons du passé.

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