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Questions et réponses avec… Normand Gagné, commandant de la base de Bagotville

Le 15 juillet 2022 — Modifié à 16 h 03 min le 15 juillet 2022
Par Julien B. Gauthier

Questions et réponses avec… Normand Gagné, commandant de la base de Bagotville

Dans chaque édition du Réveil, nous vous proposons une entrevue avec une personnalité publique. L’idée est d’aller un peu plus loin de ce que l’on connaît de l’image de la personne. Cette semaine, le colonel Normand Gagné, commandant de la troisième Escadre de Bagotville, qui prendra sa retraite le 30 août prochain.

Vous faites partie des Forces armées canadiennes depuis 40 ans. Pour quelle raison avez-vous choisi de faire ce métier?

C’est un adon, tout simplement. Je voulais devenir pilote et étudier au Cégep de Chicoutimi. J’ai toutefois reçu une lettre me disant que je n’étais pas admis. À la même période, il y avait une fête foraine en ville avec un kiosque des Forces armées canadiennes. Je suis allé les rencontrer et ils m’ont demandé ce que je voulais faire. J’ai dit que je voulais être pilote.

J’ai rempli les pamphlets et trois mois plus tard, je suis rentré dans les Forces. 40 ans plus tard, on est ici et on se parle. Et je n’ai aucun regret!

J’ai pu accumuler 5 000 heures de vol, dont 2 000 en CF-18. J’ai piloté un Musketeer, l’avion des Snowbirds, le Tracker à Summerside à l'Île-du-Prince-Édouard, le F5, le Beechcraft King-Air 200. Je les ai tous aimés, mais celui que j’ai préféré, c’est le CF-18. Encore à l’occasion, je le pilote pour des entraînements réguliers.

À quoi ressemble l’horaire d’un commandant d’une base militaire?

La job, c’est 24/7. Ça ne veut pas dire que je travaille tout le temps, mais je suis toujours responsable. Je porte essentiellement deux chapeaux : je suis commandant de la base de Bagotville et commandant d’escadre. Ça veut dire quoi?

Je dois m’occuper de notre personnel et de leur famille. Moi et mon bras droit, on s’assure que l’administration se déroule bien. On s’assure du bon fonctionnement du gym, de la garderie, de la salle de rapport, que les personnes soient bien traitées, de l’approvisionnement, de l’aréna, de la tonte de gazon, du grattage de la neige, du dépanneur…

Mon deuxième chapeau, c’est commandant d’escadre. On a les hélicoptères 146 Griffin jaunes qui font de la recherche, on un radar déplaçable. Présentement il est au Bélize. On a les CF-18 qui ont deux rôles : l’OTAN et le NORAD. Ce dernier vise à protéger l’Amérique du Nord. On s’occupe de la côte est, de Thunder Bay jusqu’au Pôle Nord.

Quand je mets mon chapeau de commandant d’escadre, je regarde les opérations. Je suis assez confortable avec ça. Mais parfois, les décisions sont difficiles. C’est beaucoup de gestion. On est 1 800 personnes sur la base et le troisième plus gros employeur de la région…

Le téléphone n’est jamais bien loin. Quand je pars, je nomme une personne qui agira comme intérim. Mais si c’est sérieux, je serai informé.

Vous avez participé à la guerre du Golfe, avez été déployé au Qatar, en Afghanistan, en Allemagne, en Italie, d’un océan à l’autre au Canada… Le mouvement constant est-il un mode de vie difficile?

Ça fait 40 ans que je fais ça et je suis resté seulement deux fois quatre ans à la même place. Le reste du temps, c’était trois ans, deux ans, un an… Toutes les fois, il fallait déménager. Ce n’est pas pour tout le monde. C’est difficile. On ne déménage pas de La Baie à Chicoutimi.

On change de province. Il faut aussi changer l’adresse, les licences, plaques, assurances, de nouvelles écoles pour les enfants, du travail pour le conjoint ou conjointe, des médecins pour conjoint et conjointe. Moi, en tant que militaire, partout où je vais, une clinique va me donner des soins. Mais pas pour la famille.

Il faut acheter une maison. Par exemple, je partirai pour aller vivre à Winnipeg le 30 août. Là-bas, il y a de la surenchère sur les maisons. J’ai eu cinq jours pour en trouver une. Ce n’est qu’à la dernière soirée que j’ai pu faire une offre. Le lendemain matin à 6h, je devais repartir.

Heureusement, ici, la région est très chaleureuse pour les militaires. C’est quelque chose que je dois souligner. La base a été créée il y a 80 ans pour protéger aluminium et barrages. On voit que les gens de la région sont fiers de nous avoir. On appartient à la région. Et ce n’est pas partout pareil sur toutes les bases, mais ici, la fierté, on la voit tout de suite.

Avez-vous vécu des moments plus difficiles dans votre carrière?

Perdre des amis et des collègues, c’est difficile. On est une grande famille. Même si on n’a pas vu l’accident, par exemple, on comprend ce qui s’est passé.

La vie de couple aussi, c’est difficile. J’ai été déployé et mon épouse aussi. Ce qui est impressionnant, c’est que oui, le départ est difficile. Mais le retour l’est encore plus. Si tu es déployé pendant six mois, tu as trois repas par jour, tu as une place pour dormir, parfois ton lavage va être fait pour toi. Tu deviens habitué à ce style de vie là. Car tu es là pour travailler.

À la maison, le conjoint ou la conjointe est seul. Quand c’est le temps de faire la réunion, il y a toujours la période de lune de miel dans les premières journées, mais après ça, il faut que tu te réhabitues à être ensemble. Car des choses vont changer, que ce soit l’emplacement de la boîte de mouchoirs on encore la date que vous faisiez le lavage…

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