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Questions et réponses avec… Jean-Marc Crevier, épris de développement régional

Le 11 février 2022 — Modifié à 16 h 29 min le 11 février 2022
Par Marie-Ève Lavallée

Questions et réponses avec… Jean-Marc Crevier, épris de développement régional

Dans chaque édition du Réveil, nous vous proposons une entrevue avec une personnalité. L’idée est d’aller un peu plus loin de ce que l’on connaît de l’image de la personne. Cette semaine, Jean-Marc Crevier, visage reconnu de l’engagement syndical en région, il poursuit son implication citoyenne à titre de conseiller municipal depuis 2017 à Saguenay.

Après 35 années de militantisme syndical, tu te retrouves dorénavant en politique municipale. D’où provient ce fort engagement citoyen?

C’est surtout l’expérience terrain qui explique ce choix de parcours. Quand je suis rentré à l’usine Alcan, je n’ai jamais pensé emprunter ce chemin-là.

Naturellement, je défendais certaines personnes qui vivaient des situations d’injustice au travail. Des gens qui pouvaient être ridiculisés pour toutes sortes de raisons par leurs collègues. Quelquefois aussi, l’employeur n’était pas toujours correct.

Il faut se remettre dans le contexte des années 70-80. Quand quelqu’un sortait de l’ordinaire, s'il était homosexuel ou un doute le laissait croire, il pouvait se faire tasser dans le coin. Quand en pleine salle à manger, devant plus d’une centaine de personnes, j’entendais « Heille, le tapette, tu pourrais aller t’asseoir ailleurs », je trouvais ça inconcevable.

Puis, quand je voyais que la personne faisait ça de façon répétée, j’intervenais discrètement. Je lui expliquais ce que ça pouvait faire vivre à la personne… Dans presque la totalité des interventions, les gens ne pensaient pas aux conséquences de leur geste.

C’est après 7 ans sur le plancher qu’on m’a approché pour que je devienne représentant syndical. J’ai tranquillement commencé comme ça. Puis, plus tu avances là-dedans, plus tu vois qu’il y a des situations injustes. J’ai été président pour 1 200 travailleurs de métiers pour ensuite occuper le rôle de conseiller au sein de la FTQ. J’ai adoré ça représenter mon monde.

Tu as toujours travaillé dans des contextes de conflits et de négociations de travail. Des contextes parfois difficiles où il aurait pu être facile de devenir aigri. Qu’est-ce qui te pousse à t’engager encore pour la collectivité aujourd’hui?

C’est parce que je trouve que ça vaut la peine. Le plus facile que l’on peut faire dans la vie, peu importe le dossier, c’est de ne rien faire justement.

Récemment, les gens m’ont mis une pression pour siéger sur la Commission des ressources humaines de la Ville. Encore là, j’aurais bien pu ne pas aller me mettre la tête là-dedans… Si demain matin, les brigadiers, les cols bleus, les cols blancs, les policiers ou encore les pompiers décident de faire des moyens de pression, insatisfaits de leur convention collective, ne pensez-vous pas qu’ils ne me tireront pas des roches?

Ce qui est important pour moi, c’est de trouver le juste milieu. D’être capable de répondre, autant aux employés syndiqués qui revendiquent, qu’à l’employeur, qui doit être capable de supporter les salaires.

Nous connaissons l’homme engagé au front, mais un peu moins l’homme en dehors de la sphère publique. Quels sont tes passions et tes projets dans la vie courante?

Mais on reste des privilégiés dans la vie. Ma conjointe et moi aimons beaucoup voyager et nous sommes bien équipés pour faire du camping. Nous sommes installés sur bord du Lac-Saint-Jean dans le coin de Saint-Gédéon depuis 30 ans. On s’est formé un club entre amis où chacun a son installation de camping et nous nous rejoignons au chalet communautaire pour manger et jouer aux cartes. On est pas mal des adeptes de voiles, de catamarans et de planches, ma femme et moi.

Et quand on est tanné d’être sur place, on part avec notre petite roulotte sur la route. Il y a tellement de belles places au Québec. Mon coup de cœur, c’est la Gaspésie. D’ailleurs, mes parents sont natifs de là. Chaque fois, quand j'y débarque, j’ai comme l’impression d’être chez nous. Il y a un quelque chose de spécial… La mer ne sent pas pareil, les marées ne sont pas pareilles, c’est différent! Tu as l’impression d’être à l’autre bout du monde. Pour moi, aucune autre place n’arrive à la cheville de la Gaspésie.

Qu’est-ce qui est le plus important pour toi dans la vie?

La famille, ç’a toujours été le plus important. J’ai trois enfants et dix petits-enfants et ils sont tous dans la région. Ils sont âgés de 4 à plus de 20 ans et sont bourrés de talents! Des jeunes artistes, des sportifs de haut niveau… Nous avons beaucoup de plaisir ensemble et l’on s’entraide encore plus dans le contexte actuel avec la COVID.

La famille a été au cœur de mes décisions. J’aurais pu avoir une carrière nationale avec le syndicat des Métallos, qui est présent partout au Québec et aux États-Unis.

Au niveau politique, je me suis fait approcher à plusieurs reprises, particulièrement par M. Bernard Landry. Il a été un an de temps après moi et il ne me lâchait pas pour que je me présente.

J’en ai eu des propositions pour des postes intéressants, mais ça impliquait de travailler directement sur l’île de Montréal. Moi, ça ne m’intéressait pas. J’aimais mieux la qualité de vie que nous avons ici.

Vivre au Saguenay-Lac-Saint me donne le sentiment d’être en vacances même quand je travaille. Je voulais rester proche de mon monde, rester connecté à ma famille et à ma région.

 

Propos recueillis par Marie-Ève Lavallée

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