Depuis plusieurs semaines, une table de concertation sur l’avenir des usines de papier de Domtar à Kénogami et à Alma, ainsi que celui des barrages qui y sont associés, réunit des élus régionaux, dont des députés et le maire de Saguenay, ainsi que des représentants de l’entreprise.
Or, les grands absents de ces discussions demeurent les travailleurs, dénonce la Confédération des syndicats nationaux (CSN) qui juge que cette exclusion est non seulement injustifiée, mais aussi révélatrice des intentions de l’entreprise.
« C'est incompréhensible et inacceptable que nous soyons mis à l'écart, mais on comprend que ça fait l'affaire de PFR-Domtar, qui souhaite fermer ses usines et vendre l'électricité des barrages sans toutefois maintenir les emplois. Rappelons que, depuis la nationalisation effectuée par Hydro-Québec, la production privée d'électricité est conditionnelle au maintien de ces emplois. », a lancé le président du Syndicat national des travailleurs et des travailleuses des pâtes et papiers de Kénogami, Gilles Vaillancourt.
Du côté des travailleurs d’Alma, l’inquiétude est tout aussi palpable. Daniel Munger, président du syndicat local, a tenu à rappeler l’importance stratégique des deux usines.
« Nos deux usines génèrent des retombées importantes dans l'économie régionale et jouent un rôle clé dans la filière, notamment en écoulant les copeaux qui proviennent des scieries. Elles doivent demeurer ouvertes. », a-t-il expliqué.
La CSN demande des actions de Québec
Face à cette situation, la présidente de la CSN, Caroline Senneville, a haussé le ton et pressé le gouvernement du Québec d’intervenir. Elle réclame une rencontre d’urgence avec le ministre de l’Économie, Bernard Drainville, afin de discuter du dossier et de forcer l’entreprise à respecter ses obligations. Elle demande également au gouvernement de se positionner clairement en faveur des travailleurs de la région.
Mme Senneville souligne que Québec dispose de leviers importants dans ce dossier. En vertu des dispositions prévues par la loi 50 sur les barrages de la rivière Shipshaw, le gouvernement peut refuser à Domtar de vendre de l’électricité à une autre entreprise ou même reprendre les installations hydroélectriques si des conditions ne sont pas respectées, notamment en matière de maintien des emplois.
« Le gouvernement du Québec doit se tenir debout face à un propriétaire étranger qui veut faire la pluie et le beau temps au Saguenay en contournant des ententes historiques qui datent du temps de René Lévesque. », ajoute la présidente.
La dirigeante syndicale note également que les installations de Kénogami furent à l’arrêt à répétition depuis le début de l’année, alimentant les craintes d’une fermeture imminente. Dans ce contexte, elle interpelle directement la première ministre du Québec ainsi que les partis politiques en vue des prochaines élections, les invitant à clarifier leur position sur l’avenir industriel de la région.
Un appel à la prudence
La CSN invite par ailleurs à « se méfier des illusions » entourant les solutions avancées pour préserver les emplois des usines de Kénogami et d’Alma. Selon l’organisation, un premier projet considéré comme prometteur par certains élus régionaux aurait déjà été écarté au profit d’une nouvelle proposition encore nébuleuse.
Elle ajoute qu’à ce stade, aucune information concrète n’a été confirmée, que ce soit quant au nombre d’emplois potentiels, au lieu d’implantation, aux conditions de travail ou encore au financement du projet.