Le métier de taxidermiste pourrait bien disparaître d’ici quelques années au Lac-Saint-Jean. Frédéric Boivin qui demeure sur le Chemin de la pointe à Saint-Félicien est le seul actuellement dans le secteur qui gagne sa vie en naturalisant des animaux capturés par des chasseurs et à 50 ans, il n’a pas de relève.
Son fils lui donne un coup de main à l’occasion, mais ne souhaite pas reprendre le flambeau. Et pour cause : c’est un métier qui ne convient pas à tout le monde, souligne Frédéric Boivin.
« Ça prend un cœur solide pour faire ça. Ce n’est pas tout le monde qui veut travailler là-dedans. »
Rien ne destinait Frédéric Boivin à devenir taxidermiste. Il n'avait pas de parents ou de proches qui pratiquaient ce métier. Mais il est chasseur, pêcheur et trappeur depuis son enfance et connaissait bien les animaux.
« Depuis l’âge de 5 ans, j’allais dans le bois avec mes parents et mes oncles. Je connaissais la morphologie des animaux. »
En 2017, alors qu’il se retrouve sur l’assurance-emploi, une opportunité se présente : un Diplôme d’études professionnel (DEP) dans le domaine est offert à Dolbeau-Mistassini.
« Je me suis inscrit pour essayer. On était une douzaine au départ, on a fini six ou huit. J’ai été chanceux, parce que la formation n’existe plus aujourd’hui. »
Un métier exigeant
Dès ses débuts, Frédéric Boivin découvre une réalité bien loin de l’image idéalisée que certains peuvent avoir du métier.
« Les gens pensent que c’est facile et drôle, mais il y a des odeurs, du sang, de la cervelle et des fois des vers. Il faut avoir le cœur solide. »
Malgré tout, la passion s’installe rapidement.
« J’ai aimé ça. C'est une passion! Mon professeur m’a encouragé à continuer. »
Après sa formation, il prend près de deux ans pour structurer et démarrer son entreprise, avec l’aide du Centre local de développement (CLD) et du réseau de l’Association des taxidermistes du Québec. Aujourd’hui, Frédéric Boivin naturalise différentes espèces pour des clients provenant de la région et d’ailleurs au Québec.
« J’ai commencé avec des panaches d’orignal, précise-t-il, des têtes d’ours, des tapis d’ours, puis des animaux plus complexes comme le lynx. »
Minutie et dextérité
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les petits animaux sont souvent les plus difficiles à travailler.
« Un écureuil ou une martre, c’est fragile. Ça demande beaucoup de minutie. Plus c’est petit, plus c’est délicat. »
Les oiseaux comptent aussi parmi les plus grands défis.
« Les petits oiseaux, comme la perdrix blanche, c’est très difficile. »
Frédéric Boivin travaille seul dans son atelier et est particulièrement occupé durant les saisons de chasse, mais l’avenir du métier l’inquiète.
« Il n’y a pas beaucoup de relève. Plusieurs taxidermistes que je connais prennent leur retraite. Ça prend des mordus, et il n’y en a pas beaucoup. »
Malgré tout, il continue d’exercer son métier avec passion.
« J’arrive à en vivre. Je ne suis pas millionnaire, mais ça fonctionne. »
Certaines réalisations le rendent particulièrement fier.
« Un loup que j’ai fait, c’était vraiment beau. Une tête d’orignal aussi. »
Pour Frédéric Boivin, la taxidermie, c’est beaucoup plus qu’un simple métier.
« C’est redonner vie à l’animal. J’aime ça, c’est beau. »