Nous profitons de l’été, des vacances, du plus beau moment de l’année, mais déjà, dans quelques semaines, nous serons plongés dans la rhétorique politique des élections au Québec. Les pancartes électorales et les slogans percutants s'installeront dans un tintamarre de promesses pour améliorer nos vies. Un grand rituel qui nous divisera plutôt que de nous unir. Pourtant, exercer son droit de vote est souvent présenté comme le summum du devoir citoyen, un acte de pure sagesse démocratique. Mais parfois, je me pose une question fondamentale et dérangeante : les citoyens savent-ils réellement comment voter ?
La vérité, c'est qu'une immense majorité d’électeurs se rend aux urnes sans jamais avoir lu le programme du parti politique pour lequel ils vont voter. Nous vivons à l'ère du fast-food informationnel, où le bulletin de vote se décide sur l’image, sur des impressions, sur des perceptions. Nous voyons les politiciens comme des opportunistes en oubliant que la grande majorité de ces femmes et de ces hommes ont envie de s’investir pour le bien commun. Nous sommes déçus de la classe politique en raison de mauvaises décisions, de gaspillage d'argent et de promesses non tenues. Et cette attitude citoyenne face à la politique aggrave les choses. Quel leader, quelle personne intelligente, brillante, sensée a aujourd’hui le goût de s’investir en politique pour les citoyens dans un contexte comme celui-là ?
Le pouvoir n'appartient plus aux idéologies, il appartient aux fabricants d'images. Les stratèges de communication ont remplacé les intellectuels. Ce sont eux qui dictent l'agenda politique en transformant les chefs de partis en produits de consommation courante. Un sourire télégénique, une poignée de main chaleureuse, une réplique assassine lors d'un débat ou une vidéo virale sur les réseaux sociaux suffisent à faire basculer des milliers de votes. Le citoyen moderne ne vote plus pour un projet de société ; il vote pour une marque, une attitude ou la saveur du mois.
Nous sommes influençables et nous devons faire le constat que l'intelligence collective des électeurs est hautement discutable. Comment prétendre participer activement à l'avenir du Québec tout en ignorant les engagements réels des partis ? Nous déléguons notre avenir à des professionnels du marketing, puis nous passons les quatre années suivantes à nous plaindre de l'incompétence de nos dirigeants.
Voter par simple impulsion ou pour suivre la vague populaire n'est pas un acte démocratique, c'est une démission intellectuelle. Si nous voulons une politique plus humaine et plus juste pour le Québec, nous devons d'abord élever notre propre niveau
d'exigence. Tant que l'électeur se contentera de mirages visuels, il récoltera des gouvernements de façade. Il serait grand temps de cesser d'être des consommateurs passifs de la politique et de redevenir des citoyens lucides.
Ici au Lac Saint-Jean, nous pensions savoir voter. Mais après huit ans au pouvoir, force est de constater que Nancy Guillemette et Éric Girard ne passeront pas à l’histoire. Dans Roberval, les souliers étaient visiblement trop grands à chausser pour succéder à l'ère de Philippe Couillard.
Sur ce, bonnes vacances !