Depuis quelques semaines, j’écoute les matchs des Canadiens à la radio. Je ne suis pas assez passionnée de hockey pour m’acheter un abonnement sportif, alors je me branche sur Le hockey des Canadiens et j’écoute Martin McGuire et Dany Dubé.
Honnêtement, je pense parfois vivre quelque chose de plus grand que le match lui-même.
Parce qu’à la radio, il faut construire la scène dans sa tête. La foule devient plus grande, et les mises en échec semblent frapper plus fort ! Je ne sais pas si c’est juste moi, mais on dirait que les échappées durent plus longtemps. Et surtout, il y a cette espèce d’énergie contagieuse dans la voix de Martin McGuire, sa façon unique de transformer un dégagement refusé en petite tragédie. Et les commentaires ponctuels de Dany Dubé font profiter l’auditeur d’une analyse pertinente.
Ils ne montrent rien mais ils nous font tout voir.
Entre deux périodes, pendant la série contre Buffalo, ils discutaient d’une réalité un peu triste, celle que dans plusieurs marchés de la LNH, certaines équipes choisissent de ne plus renouveler les ententes de diffusion radio des matchs. Comme si ce médium était devenu accessoire et qu’à l’ère des écrans partout, la voix seule n’avait plus assez de valeur.
J’ai ressenti un pincement parce que ce discours-là, je le connais tellement trop bien, c’est le même qu’on entend lorsqu’on parle des médias traditionnels, les journaux papier en tête de liste.
Comme si le numérique avait automatiquement rendu le reste obsolète et que le fait qu’une technologie soit plus récente suffisait à remplacer l’expérience humaine qu’offrait la précédente.
Pourtant, dans mon quotidien, je vois exactement l’inverse. Bien sûr, nous sommes sur le web et nous publions des nouvelles chaque jour sur nos plateformes numériques, nos applications et nos infolettres. C’est parfait, il faut évoluer avec son époque, les habitudes changent et les besoins aussi.
Mais malgré ça, nos éditions imprimées continuent d’être attendues. Pas seulement consommées. Attendues. Je le sais, c’est à mon bureau que ça sonne quand il manque des copies quelque part.
Il existe encore un plaisir particulier à tenir quelque chose entre ses mains, à plier le journal sur le coin de la table ou à découper un article parce qu’il parle de quelqu’un de notre famille. Vivre l’information autrement qu’entre deux notifications.
Je trouve que comme la radio sportive, le journal papier crée un rythme, un rendez-vous. Je dirais même, une présence.
On sous-estime parfois la force des médias qui demandent un peu plus d’imagination au public. La radio nous oblige à écouter pour vrai. Le papier nous oblige à lire pour vrai. Dans les deux cas, il y a une attention plus complète.
Ce ne sont pas des médias morts, tellement loin de là ! Ce sont des médias intimes. Et je pense qu’il reste de la place pour ces façons-là de raconter le monde.