Chroniques

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Le deuil tabou d'un animal de compagnie

Le 07 juin 2023 — Modifié à 11 h 22 min le 07 juin 2023
Par Mélyna Girard

Chronique

Il y a des sujets qui sont encore un peu tabou. Qui créent un certain malaise lors d’une conversation, particulièrement en groupe. Un de ceux-là concerne les femmes qui ne veulent pas avoir d’enfants (6 % des femmes au pays selon Statistiques Canada), et qui font souvent face au jugement social, presque forcées de se justifier.

Un autre, c’est la peine ressentie lors du départ d’un animal de compagnie. L’entourage, souvent porté par de bonnes intentions, mais malhabiles, tentera de minimiser la perte : « Ben voyons, c’est pas un être humain, va te chercher un autre animal… ».

Quoi de plus déprimant que de voir ses émotions tournées en ridicule. Or le sentiment et l’attachement qu’on a envers nos animaux sont parfois si forts que lors de leur mort, le deuil que nous vivons est bien réel, et il n’y a pas de formule magique pour faire disparaître cette peine.

Des publications récentes de personnalités viennent légitimer en quelque sorte la tristesse qu’on a le droit de ressentir lors du départ de notre animal de compagnie. Hugo Dumas de La Presse, un critique pourtant souvent intransigeant, a signé un papier entier, très touchant, sur la perte de son chien appelé Gaston. Gaston étant devenu très vieux et malade, Dumas raconte à quel point il était démoli et en pleurs en tenant dans ses bras son chien lors de l’euthanasie.

Je le cite : « Si vous n’avez pas d’animal domestique, vous vous dites sûrement, voyons, lui, il est donc bien intense, c’est quand même juste un chien. Il faut vivre un départ comme celui de mon Gaston pour réaliser à quel point ces charmantes bêtes prennent de l’importance dans nos vies. Ma maison n’a jamais été aussi silencieuse. C’est un immense vide qui s’installe. »

Lors de la mort récente de son chien, Guy-A Lepage a avoué qu’il n’aimait pas trop les chiens au départ, mais qu’aujourd’hui, toute sa famille vivait un deuil. Un ex-collègue de Radio-Canada, Denis-Martin Chabot, a été inconsolable pendant des mois après avoir perdu son chien, il commence tout juste à s’en remettre.

Une des histoires les plus invraisemblables vient d’un autre ex-collègue, Frédéric Brisson, reconverti en chauffeur de poids lourds, qui a perdu son chat lors d’un transport dans une localité de Californie. Alertés, des centaines d’habitants de la ville ont organisé des battues pour tenter de retrouver le chat, malheureusement sans succès.

Une amie d’Alma a vécu une lourde peine après la mort son chien et a publié un très bel hommage sur Facebook, écrivant : « Je suis honorée d’avoir été ta maman humaine ». J’ai trouvé ça très beau. Ça va trop loin vous dites-vous? Qui peut évaluer l’importance de la peine d’un autre? Vous êtes à terre? Déprimé? Down? Démoli? Personne ne peut vous dire comment vous devez vous sentir.

Il faut avoir vécu ce type d’attachement pour comprendre que certains animaux de compagnie ne sont pas de simples compagnons, ils sont des membres de la famille.

Les cliniques vétérinaires l’ont compris, certaines offrant même une salle de deuil, et surtout des sorties arrières vers l’extérieur pour éviter de repasser dans la salle d’attente après une euthanasie. Je suis aussi tombé sur des chroniques de psychologues qui y vont de conseils. De petits trucs pouvant aider à vivre ce deuil encore tabou, comme planter un arbre à la mémoire de l’animal, effectuer une petite cérémonie en enterrant des photos, organiser un petit 5 à 7 ou un souper entre amis qui vous comprennent.

Il faut accepter de vivre sa peine, il y aura des hauts et des bas et c’est tout à fait normal. Puis, comme pour tout, le temps fera son œuvre. Ça reste le meilleur guérisseur. Et puis, par-dessus tout, foutez-vous du tabou.

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