Dimanche, 21 avril 2024

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Un économiste, une historienne et un professeur d’actualité régionale se prononcent

Chicanes au conseil de Saguenay : pourquoi et quelles sont les répercussions?

Jean-François Desbiens
Le 14 février 2024 — Modifié à 09 h 08 min le 14 février 2024
Par Jean-François Desbiens - Journaliste

Pourquoi la zizanie persiste-t-elle autour de la table du conseil municipal à Saguenay depuis des mois? Les avis sont partagés quand on interroge un économiste, une historienne et un professeur d’actualité régionale.

Marc-Urbain Proulx, qui enseigne les sciences économiques et administratives à l’UQAC, estime que les élus sont dans un contexte où la chicane est facile.

« Il y a des difficultés budgétaires à Saguenay, on coupe un peu partout et on essaie de ne pas trop augmenter les dépenses parce qu’on n’a pas des rentrées fiscales énormes, ce qui crée des insatisfactions. Chaque échevin veut que son district soit bien entretenu, ce qui est normal parce qu’ils veulent être réélus généralement. Mais ils ne sont pas capables de satisfaire leurs citoyens et il y a du brasse-camarade. La principale cause, c’est que Saguenay manque de rentrées fiscales, de développement économique et d’investissements importants », analyse-t-il.

À cela s’ajoute selon lui une fatigue générale liée au vieillissement de la population et au problème démographique dans les régions.

« Plus de 50% des gens ont été élus par acclamation lors des dernières élections municipales, parce que personne d’autre ne voulait leur poste. Ça se reflète dans la moyenne d’âge des conseillers. Elle est assez élevée et certains sont là depuis longtemps. Ils se font chauffer les oreilles par leurs citoyens et ce n’est pas facile. C’est un travail assez ingrat. On ne renouvelle pas les élites décisionnelles, ce qui est pourtant un principe fondamental du développement. »

Absence de vision

De son côté, l’historienne Russel-Aurore Bouchard affirme que la mairesse Julie Dufour n’avait pas les qualités requises pour être à la tête d’une ville aussi importante que Saguenay.

« C’était une bonne conseillère, mais elle n’a aucune vision d’ensemble et elle n’est pas rassembleuse. Elle essaie de protéger Jonquière parce qu’elle vient de là et elle n’est pas capable de rassembler les troupes. À travers l’histoire, il y a des sentiments d’appartenance qui se sont créés, des animosités qui continuent depuis les fusions municipales. La mairesse n’est pas capable de comprendre ça. Les intérêts sont différents. Elle ne peut pas régler le problème et elle est brûlée. Va falloir qu’on passe à autre chose, trouver un vrai rassembleur ou rassembleuse», suggère-t-elle.

Quant à l’enseignant en actualités régionales Blaise Gagnon du Cégep de Jonquière, il refuse de faire porter le blâme à qui que ce soit en particulier, mais déplore la triste image que ces disputes incessantes projettent, surtout auprès des jeunes.

« Mes étudiants suivent ce qui se passe au conseil municipal et ce n’est vraiment pas l’harmonie. Il y a des tensions, de la braise qui sommeille entre les élus et les arrondissements. Les sautes d’humeur de Carl Dufour et de Michel Thiffault démontrent qu’ils sont désespérés. Ce n’est pas agréable de travailler dans ce contexte. Des querelles devant le public en présence des médias, souvent pour des sujets qui relèvent de la petite politique, c’est agaçant. Je ne suis pas sûr que ça encourage les jeunes à se présenter en politique municipale. Ça ne leur donne vraiment pas le goût de se présenter aux élections. »

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