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Questions et réponses avec… Claude Villeneuve, biologiste et directeur de la Chaire en Éco-Conseil

Le 12 août 2022 — Modifié à 16 h 43 min le 12 août 2022
Par Julien B. Gauthier

Dans chaque édition du Réveil, nous vous proposons une entrevue avec une personnalité publique. L’idée est d’aller un peu plus loin de ce que l’on connaît de l’image de la personne. Cette semaine, le biologiste et professeur à l’UQAC, Claude Villeneuve, qui a fondé et qui dirige la Chaire en Éco-Conseil.

Depuis 50 ans, vous sensibilisez la population concernant les changements climatiques et vous avez écrit de nombreux ouvrages à cet effet. Qu’est-ce qui vous a mené à vous questionner sur ces enjeux à cette époque?

C’est un peu flou. J’étais jeune, j’étais un peu écoanxieux avant l’heure. C’était l’époque de la Guerre froide, des essais nucléaires, de la Terre vue de la lune… Ça marquait l’imaginaire.

Je suis rentré à l’université en 1972, à l’époque du Rapport Meadows où il y avait eu la première conférence de Stockholm, qui a donné naissance à l’expression « développement durable ».

Sans dire que j’étais militant, je me sentais très interpellé par la représentation de l’humanité dans la biosphère. Je posais des questions à des professeurs et ils restaient embêtés.

En 1974, on a appris qu’il y avait du mercure dans les crevettes du Saguenay. Ça m’a bouleversé. Un autre de mes souvenirs, c’est à l’été 1976 alors que je travaillais en Ontario. J’étais sur le bord de la rivière des Outaouais. Au bout du ruisseau d'un champ de maïs, l'eau arrivait à la rivière et 650 pieds plus loin, des poissons morts flottaient. Il y avait un lien direct.

Quand moi et ma femme nous nous sommes mariés en 1980, on s'est posé la question suivante : Le monde est pourri, il y a de la pollution partout. Allons-nous avoir des enfants dans ce monde-là? C'est avant-gardiste, mais c’était un raisonnement logique.

Mais j'étais toujours dans une révolte et je me disais que les humains détruisaient la nature. J’ai fini par avoir une sorte d’illumination. J’ai changé de perspective. Je me suis dit qu’il fallait éduquer les êtres humains si on voulait changer leurs comportements. J’ai donc commencé des études de doctorat en éducation relative à l'environnement.

En 1987, j’ai lu le rapport Brundtland et j’ai compris que si on voulait que les humains arrêtent de détruire la nature, il fallait continuer de répondre à leurs besoins. Ça m’a réconcilié avec plein de choses. Ça me permettait de dire que le gens ne se levaient pas le matin pour détruire l'environnement, mais pour répondre à leurs besoins.

Croyez-vous que la région et ses entreprises ont font assez pour lutter contre les changements climatiques ?

C'est une large question. Ce ne sera jamais assez. On s'entend que le problème des changements climatiques est un problème mondial. En théorie, il faut arrivera à 0 émission en 2050 et bien avant. On n’est pas rendus là.

Mais est-ce qu'ils font quelque chose et est-ce que c'est correct ? Oui !

À l’époque, on disait le mot « environnement » et les gens sortaient leur gun. Tu te présentais à une réunion et tu posais une question et tu te faisais mettre dehors. Le ministère de l’Environnement a été créé en 1980. Le progrès qui s'est fait est énorme.

Les entreprises publient des bilans de GES, ont des programmes de réduction, certaines sont soumises au marché du carbone, Rio Tinto fait des choses intéressantes en économie circulaire.

Là, actuellement, les gros enjeux au niveau population générale, c'est beaucoup plus au niveau de la mobilité et de la maladie qu'on a d'avoir des gros pickups.

Les gens ne sont pas capables de changer leurs habitudes, mais les entreprises le font. Elles ont évolué avec des processus. Il reste encore beaucoup de travail au niveau des individus. Le gaz est à 2$ le litre et les gens font tourner leurs chars au dépanneur.

L'éducation est primordiale ! On a changé des choses, on jette pas mal moins de choses par les fenêtres, mais on retrouve encore des verres de McDo et des canettes de Budweiser dans tous les fossés.

Les fortes pluies connues dans la région et les vagues de chaleur en Europe sont-elles des conséquences des changements climatiques ?

En 1990, mon livre était Vers un réchauffement global. En 2001, c’était Vivre les changements climatiques et en 2013, c’était Est-il trop tard ?

C’est exactement ce qu'on annonçait en 2001, mais ça va encore plus vite. On est dedans jusqu'aux dents. Dans la région, le climat va se réchauffer de 3 degrés d'ici 30 ans. Ça veut dire qu'on va avoir la température de Joliette à Saguenay.

Le vrai problème, c'est dans les océans. Ils recouvrent 71 % de la surface terrestre. Comme on augmente la quantité de leur température depuis plus que 60 ans, ça veut dire que la batterie est pleine. L'énergie part de l'océan, l'eau s'évapore ça amène plus de précipitions, des hivers plus doux et des climats plus violents en été.

Est-il trop tard pour renverser la donne ?

Ça ne changera pas même si on arrêtait tout maintenant. Ça va prendre au moins 60 ans revenir à la normale. On ne peut pas passer à côté du fait qu'il va y avoir un réchauffement de 3 degrés dans les prochaines années.

Il y a un effet qui est lié aux préférences des gens qui ne voient pas le lien entre l'essence qu'ils mettent dans leurs voitures et la pollution qui s’en échappe.

Les gouvernements pourraient bien faire en sorte que d’ici 2030, les automobiles doivent consommer au maximum 5 litres aux 100 km.

Pour arriver à ça, si ton véhicule fait plus que 5 litres aux 100 km, tu payes. S’il fait moins, tu reçois une récompense. C’est comme ça que tu vas faire baisser les émissions, mais ils n’ont jamais voulu appliquer le modèle. Ça fait depuis 1990 que je me bats pour ça.

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