Le 27 septembre dernier, la région perdait un grand artiste aux multiples talents. Serge Boily, qui a notamment construit la fontaine aux bélugas du vieux port de Chicoutimi, s’est éteint à l’âge de 81 ans.
La fontaine du vieux port n’est certainement pas la seule œuvre de M. Boily que les Saguenéens ont côtoyé. Il est l’auteur d’une sculpture-gravure qui a longtemps été exposée au Zoo de Saint-Félicien. L’artiste a également été sollicité pour réaliser plusieurs trophées Méritas pour la Chambre d’industrie et de commerce du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Les citoyens de Chicoutimi ont aussi pu observer son art à l’église Notre-Dame-du-Royaume puisque c’est lui qui a réalisé la Vierge du lieu de culte.
Au Lac-Saint-Jean, à Métabetchouan-Lac-à-la-Croix, il a réalisé une grande fontaine décorée de plusieurs ouananiches. Celle-ci a par la suite subi du vandalisme.
La Corniche comme point de départ
Alors qu’il travaillait comme technicien en arts à l’Université du Québec à Chicoutimi, Serge Boily a toujours créé. Sa carrière décolle d’ailleurs grâce à une femme qui a tout de suite vu son potentiel et son talent. La fondatrice de l’ancienne galerie d’art, La Corniche, Madame Pâquerette Hudon « lui a tout de suite fait confiance », confie sa femme, Lise Boily.
La fondatrice de la Corniche lui a donné une chance d’exposer ses œuvres dans sa galerie. À partir de ce moment-là, « La Corniche lui a ouvert des portes pour exposer à Montréal », raconte sa fille, Lorna Boily. Peu à peu, Serge Boily s’est fait connaître dans sa région et ses œuvres ont trouvé des acquéreurs.
Des matériaux de la région pour des œuvres engagées
Serge Boily travaillait avec des matériaux régionaux. Ses œuvres étaient composées le plus souvent de granit et d’aluminium. Des matériaux qui rendaient ses œuvres accessibles au public selon sa famille : « Les gens avaient un certain attachement aussi par rapport aux baleines et à l’aluminium comme ce sont des éléments de la région. »
Mais ce qui plaisait surtout, c’était le caractère engagé de son art : « Serge Boily, c’était toujours des œuvres engagées », assure sa fille. Les animaux étaient au cœur des œuvres de l’artiste sculpteur, comme le béluga, la ouananiche, ou encore, l’orignal. « Il était proche de la nature, c’est un homme qui a vécu dans l’Ouest, il chassait, il pêchait… Il était très respectueux de la nature », assure sa femme. Dans ses œuvres, l’artiste pousse la population à se questionner sur l’environnement et sa préservation.
Un lien tout particulier avec l’aluminium
L’aluminium qu’utilisait Serge Boily était donné par le géant de la région, Alcan. Mais ce n’a pas toujours été le cas. C’est après un accrochage avec l’entreprise au sujet d’une de ses œuvres qui représentait un béluga prisonnier de l’aluminium que l’entreprise Alcan a finalement soutenu l’artiste. « Quand Serge avait fait ça, Alcan voulait la ramasser parce que le béluga magané par l’aluminium, ça ne leur plaisait pas », témoigne sa femme.
« Serge leur a expliqué que ce n’était pas dans le but de détruire Alcan, au contraire, c’est dans le but de faire réfléchir les gens jusqu’où on peut aller pour préserver notre environnement », complète-t-elle.
À ce moment-là, Serge Boily était un des premiers artistes de la région à travailler l’aluminium : « C’est lui qui a initié le travail de l’aluminium par des sculpteurs », ajoute sa femme.
Un artiste qui rayonne
États-Unis, Martinique, Espagne, et même certains pays d’Afrique, aujourd’hui, les œuvres de Serge Boily se trouvent partout dans le monde. Une de ses œuvres se retrouve d’ailleurs aujourd’hui dans le hall d’entrée d’un des frères fondateurs de l’entreprise McCain. « Le monsieur de la maison McCain est passé, il arrivait de France. Lorsqu’il a vu l’œuvre de Serge Boily, il a dit qu’il la voulait, il n’a pas discuté du prix », raconte Lise Boily. L’homme a ensuite fait livrer l’œuvre à sa résidence française.
Le rayonnement de Serge Boily ne se mesure pas seulement à l’emplacement de ses œuvres. Alors qu’il était en Espagne avec sa femme, le couple a rencontré deux Français qui étaient allés à Chicoutimi deux ans auparavant et qui se rappelaient la fontaine du vieux port. « Je suis en Espagne et j’entends parler de ma fontaine », avait-il dit, heureux, à sa femme à l’époque.
« C’est une fierté rendu à ce stade-là quand on fait parler de soi pour du bien, pour des œuvres comme ça à l’autre bout du monde », confie Lise Boily. « C’est une fierté aussi pour la région d’avoir un artiste qui rayonne autant à l’étranger, partout », complète sa fille, Lorna.
Un homme qui savait tout faire
Même s’il était sculpteur, sa famille s’accorde à dire qu’il « savait tout faire ». Son gendre, le compagnon de Lorna Boily, a eu la chance de côtoyer l’artiste alors qu’il étudiait en art à l’UQAC : « J’ai toujours dit que Serge, c’était le meilleur professeur d’université que j’ai eu, même s’il n’était pas professeur. »
Serge Boily était capable de créer avec n’importe quel matériau, son expertise ne s’arrêtait pas seulement à l’aluminium. L’artiste a construit un canot en bois de cèdre, mais aussi un vitrail, que l’on peut observer chez lui. « Il avait beaucoup de qualités, il était musicien aussi », raconte sa femme.
Son gendre ajoute que M. Boily était toujours prêt à aider, « que ce soit au niveau artistique ou non. Il était doué dans toutes les techniques qui puissent exister. »
« Il est parti en disant qu’il n’avait pas eu le temps de tout faire. Il est parti avec plein de projets », confient Lorna et Lise Boily.



