Maya Kelly Claire est la maman d’une petite fille de 3 ans. En juin 2025, son monde s’écroule lorsqu’elle perd les jumeaux qu’elle attendait, à 8 semaines de grossesse. Elle décide aujourd’hui de produire un court-métrage sur son histoire dont elle est l’actrice principale. À travers ce récit filmé, elle souhaite sensibiliser, dénoncer mais surtout, aider les autres familles québécoises qui traversent ce drame chaque année.
Dans ce court-métrage d’environ 30 minutes, « vous allez retrouver toute mon histoire, tout ce qui s’est passé. Y’a rien d’ajouté, rien de coupé », explique Maya. Ce film, elle le fait d’abord pour elle, mais aussi pour toutes les mamans qui n’osent pas demander de l’aide : « Le deuil périnatal, la fausse couche, reste quand même un sujet très tabou. Pourtant, nous sommes en 2026. Je pense qu’on devrait normaliser le fait que même si t’as fait une fausse couche, t’as le droit de pleurer, tu as le droit de pouvoir avoir un congé. »
L’annonce
Comme pour chaque fausse couche, l’annonce de celle-ci est un véritable choc. Mais pour Maya, c’est bien plus que ça. C’est cette courte rencontre, qui ne dure que deux minutes dans le film, qui a poussé la jeune maman à prendre la parole sur ce sujet dont on parle encore trop peu selon elle.
« Je n’ai même pas fait 5 minutes dans son bureau. » C’est ce que Maya a retenu de la rencontre avec son gynécologue. « Je n’ai pas eu le temps de m’asseoir qu’il m’a annoncé ça, il m’a tendu la médication et il m’a dit au revoir », témoigne-t-elle. Ce rendez-vous lui a laissé un profond traumatisme : « Lors de mon deuxième rendez-vous pour la deuxième médication, il a fallu que je repasse devant son bureau. Pour moi, juste ces trois pas, c’était une éternité », a-t-elle ajouté.
« C’est l’une des scènes qui m’a le plus marquée pendant le tournage » - Maya
Un court-métrage bénévole
Ce court-métrage représente tout un défi pour Maya : « Je n’ai jamais fait de théâtre à l’école, c’est pour ça que mon histoire est vraiment sans filtre, parce que je n’ai jamais fait de cinéma, je ne sais pas comment ça marche ni comment je dois me comporter. »
Son équipe est composée d’acteurs de tous âges ; des retraités, des travailleurs ainsi que des étudiants. Les heures de tournage sont donc adaptées en fonction de chacun. Aucun des acteurs n’est rémunéré pour leur rôle : « Ce sont tous des bénévoles et la diffusion du film sera gratuite », assure Maya. Elle tient à ce que ce projet sans but lucratif soit accessible à tous.
Pour financer son court-métrage, elle n’a pas peur d’aller toquer à plusieurs portes pour demander de l’aide. « Je me bats actuellement pour que monsieur le maire puisse répondre justement à ma demande déposée chez eux pour avoir des subventions », dit-elle. Elle a également obtenu le soutien de la députée de Chicoutimi, Marie-Karlynn Laflamme, et a aussi lancé une campagne de financement.
Plusieurs organismes lui viennent en aide en lui prêtant des locaux pour ses tournages, comme la Clinique IP santé Plus. D’autres lui louent du matériel à moindre coût pour alléger sa facture. Le réalisateur qu’elle paye, a lui aussi ajusté son tarif. Au total, Maya aimerait récolter 5 000 $ afin de financer son court-métrage, même si, au total, celui-ci lui coûterait bien plus cher encore.
Jouer son propre rôle
Dans ce film, Maya joue son propre rôle. Elle revit alors cet épisode traumatisant de sa vie une deuxième fois. Ce choix, elle l’assume pleinement, même si parfois les émotions prennent le dessus.
Maya n’a jamais voulu arrêter le tournage pour autant, au contraire : « Ce n’est pas le moment que je sois faible, si je veux réaliser ce court métrage c’est justement pour donner la force et le courage à toutes ces personnes qui vivent la même situation que moi », se rappelle-t-elle s’être dit dans sa tête dans ces moments-là.
« Je veux que ce soit réalisé, je veux donner la voix à ce silence » - Maya
Depuis qu’elle a lancé ce projet, la jeune femme raconte avoir reçu beaucoup de témoignages de personnes qu’elle ne connaît pas, qui vivent la même chose. Aider les autres, c’est son principal moteur : « Moi, ça m’aide quand même et ça me fait aussi comprendre que y’a beaucoup de monde qui compte sur ma voix », confie-t-elle.
D’autres projets
Au cours de cet épisode douloureux de sa vie, Maya a été soutenue par l’organisme Deuil 02 mais aussi par les infirmières de l’hôpital de Chicoutimi. Tous ensemble, ils souhaiteraient installer une salle spéciale pour les mamans qui apprennent cette terrible nouvelle.
« C’est difficile de passer devant d’autres mamans après avoir appris une nouvelle comme ça. Tu vois leur joie, tu vois leur ventre bien rond puis toi, tu rentres avec des cadavres dans le ventre. Faut que tu traverses tout ça », dénonce la jeune maman. Cette salle permettrait aux femmes d’être accompagnées dès les premières minutes.
De son côté, Maya a dû rentrer chez elle en voiture directement après avoir appris la nouvelle. « Encore aujourd’hui, je ne me rappelle pas le trajet que j’ai pris, je ne sais pas comment j’ai conduit jusqu’à chez moi », raconte-t-elle.
Diffusion
Le court-métrage devrait sortir aux alentours du 23 octobre. Maya a entamé des démarches afin que son projet puisse être diffusé au Centre de la culture. Elle est aussi en contact avec le Centre national d’exposition de Jonquière pour obtenir une salle de projection.