L’espoir d’une vie meilleure au Québec vient de prendre une tournure inattendue pour une famille d’origine camerounaise établie à Saint-Félicien. Après avoir quitté leur pays dans l’espoir d’offrir un avenir différent à leurs cinq enfants, Charles Ndukong et son épouse, Mbori Colette Tsongouang, doivent maintenant composer avec une décision administrative qui prive le père de famille de son droit de travailler.
Un simple courriel reçu dans la nuit du 25 au 26 août a suffi pour faire basculer le quotidien de Charles Ndukong, âgé de 57 ans. Son agent d’immigration lui a signifié qu’il devait immédiatement cesser son travail d’emballeur au marché d’alimentation IGA Lamontagne & Fille de Saint-Félicien, un emploi qu’il occupait depuis novembre 2024.
Cette décision découle d’une particularité liée aux permis de travail du couple. Le permis de travail ouvert de Charles Ndukong demeure rattaché au permis de travail fermé de son épouse. Selon les informations transmises par son agent, ce dernier doit présenter une durée de validité d’au moins 16 mois pour permettre le maintien du permis ouvert.
Or, le permis de Mbori Colette Tsongouang arrivera à échéance en avril 2027, soit dans environ sept mois.
« La bureaucratie a eu raison de cet employé modèle. Ça n’a pas de sens. Québec et Ottawa ont rendu les demandes d’obtention d’un permis de travail très difficiles. Je n’ai donc plus le droit de le faire travailler », déplore Yvon Lamontagne, propriétaire du marché d’alimentation IGA Lamontagne & Fille.
Deux enfants également dans l’impasse
La situation ne touche pas uniquement le père de famille. Deux des cinq enfants, désormais en âge légal de travailler, ne peuvent également décrocher un emploi, faute de numéro d’assurance sociale.
« Même s’ils vivent à Saint-Félicien depuis leur arrivée avec leur père, il y a un an et demi, je ne peux pas les embaucher parce qu’ils n’ont pas leur numéro d’assurance sociale. C’est un non-sens », affirme M. Lamontagne.
Le propriétaire soulève également une différence de traitement qui l’interpelle. « Pourquoi des Français qui viennent étudier ici peuvent-ils travailler 20 heures par semaine durant l’année scolaire et 40 heures pendant la saison estivale? C’est n’importe quoi », lance-t-il.
Pour la famille, cette situation crée une importante pression financière alors que plusieurs démarches administratives restent en suspens.
L’épouse revient d’une longue convalescence
De son côté, Mbori Colette Tsongouang travaille depuis quatre ans à la Ressource intermédiaire Domaine-du-Roy, à Saint-Félicien. Elle vient tout juste de reprendre son emploi après une convalescence de deux mois et demi.
Une intervention chirurgicale, rendue nécessaire à la suite de la découverte d’une tumeur cancéreuse, l’a tenue éloignée du travail durant cette période. Son retour coïncide maintenant avec l’arrêt forcé du travail de son conjoint, ce qui la place dans le rôle de principale source de revenus de la famille.
Le couple cherche maintenant une solution permettant de régulariser sa situation et de maintenir sa stabilité familiale au Québec. L’obtention de la résidence permanente de Mbori Colette Tsongouang pourrait notamment permettre de dénouer l’impasse entourant le permis de travail de son conjoint.
Pour l’instant, toutefois, la famille doit patienter. Sa demande de résidence permanente n’a toujours pas abouti, alors que les démarches impliquant les gouvernements du Québec et du Canada se poursuivent.
Après avoir quitté le Cameroun pour construire un avenir au Québec, cette famille de sept personnes se retrouve donc confrontée à une réalité administrative qui menace directement sa capacité à subvenir à ses besoins.