La Turquie pose un problème agréable aux voyageurs : presque tout y mérite le détour. Entre les minarets d'Istanbul et les cheminées de fées de la Cappadoce, deux noms qui reviennent invariablement dans les conversations sur l'Anatolie, comment construire un itinéraire qui ne réduit pas chaque escale à une photo rapide ? Pour les voyageurs québécois qui découvrent ce territoire à cheval entre l'Europe et l'Asie, quelques repères aident à organiser la traversée sans frustration.
Istanbul, la porte d'entrée naturelle
Aucune visite de la Turquie ne s'envisage sans Istanbul. La ville s'étend de part et d'autre du Bosphore, ce détroit qui sépare le continent européen du continent asiatique, et concentre plus de deux millénaires d'histoire dans un périmètre compact. Le quartier de Sultanahmet réunit en quelques centaines de mètres trois des sites les plus visités du pays : Sainte-Sophie, la Mosquée bleue et le palais de Topkapi, ancienne résidence des sultans ottomans.
Le Grand Bazar et son labyrinthe de ruelles couvertes méritent une demi-journée à eux seuls. La Citerne basilique, immense réservoir d'eau souterrain bâti sous Justinien, plonge le visiteur dans une atmosphère feutrée éclairée par des colonnes antiques émergeant de l'eau. De l'autre côté de la Corne d'Or, le quartier de Beyoğlu et l'avenue Istiklal offrent une perspective plus contemporaine sur la métropole.
Compter trois pleines journées à Istanbul reste un minimum raisonnable. Une croisière sur le Bosphore, en fin d'après-midi, donne la mesure de cette ville construite sur l'eau et permet de comprendre pourquoi elle a fasciné les voyageurs depuis l'Antiquité.
La traversée de l'Anatolie
Entre Istanbul et la Cappadoce s'étend l'Anatolie, vaste plateau où le rythme du voyage ralentit. Plusieurs étapes valent la halte. Ankara, capitale moderne, abrite le Musée des civilisations anatoliennes, l'un des plus complets pour comprendre les peuples hittites, phrygiens et urartiens qui ont précédé l'arrivée des Turcs.
Konya constitue une autre escale significative. Ancienne capitale du sultanat seldjoukide, la ville est surtout connue pour être le foyer spirituel des derviches tourneurs. Le mausolée de Mevlâna Rumi, poète et mystique du XIIIe siècle, attire pèlerins et visiteurs curieux de comprendre cette tradition soufie toujours vivante.
Pour les voyageurs disposant de temps, un détour vers Pamukkale et ses terrasses de travertin blanc, ou vers les ruines d'Éphèse sur la côte égéenne, complète la découverte. Ces extensions ajoutent toutefois plusieurs jours à l'itinéraire et impliquent des arbitrages.
La Cappadoce, l'autre visage de la Turquie
Atterrir à Kayseri ou à Nevşehir après Istanbul produit toujours le même effet : le contraste est saisissant. La Cappadoce déploie un paysage façonné par des éruptions volcaniques anciennes et des millénaires d'érosion. Les cheminées de fées, ces formations rocheuses pointues qui parsèment la région, abritent des habitations creusées dans la roche, certaines encore occupées.
Le musée en plein air de Göreme, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, rassemble une concentration exceptionnelle d'églises rupestres ornées de fresques byzantines. Les cités souterraines de Derinkuyu et de Kaymaklı, qui s'enfoncent sur plusieurs niveaux dans le sous-sol, témoignent d'une histoire mouvementée où des populations s'y réfugiaient pour échapper aux invasions successives.
Le vol en montgolfière au lever du soleil reste l'expérience signature de la région. Voir les vallées de la Cappadoce se dessiner sous des dizaines de ballons colorés justifie le réveil avant l'aube. Les sentiers de randonnée des vallées de l'Amour, des Roses ou des Pigeons offrent une alternative au sol, tout aussi marquante.
Compter trois à quatre jours sur place permet de combiner sites majeurs, randonnées et soirée traditionnelle dans une cave troglodytique.
Quand partir et comment s'y prendre
Les périodes les plus agréables pour parcourir la Turquie s'étendent d'avril à juin et de septembre à octobre. L'été reste chaud, particulièrement en Anatolie centrale, tandis que l'hiver offre une Cappadoce enneigée dont les amateurs de photographie raffolent.
Organiser ce circuit en autonomie demande de jongler avec les vols intérieurs, les transferts terrestres, les hébergements et la navigation dans une langue éloignée du français. Pour ceux qui préfèrent se concentrer sur la découverte plutôt que sur la logistique, certains optent pour un circuit accompagné en français. Voyages Traditours propose notamment un voyage organisé en Turquie qui combine Istanbul, la Cappadoce et plusieurs étapes intermédiaires avec accompagnement francophone, hébergement et visites guidées sur place.
La Turquie demande du temps. Couvrir Istanbul et la Cappadoce en moins de dix jours laisse forcément des regrets. Plutôt que de vouloir tout voir, mieux vaut accepter de ne pas tout cocher et choisir deux ou trois régions à explorer en profondeur. Le reste attendra le prochain voyage : un pays de cette ampleur ne se visite jamais vraiment en une seule fois.