Temps de lecture : 1 min 53 s

Devenir inutile

Le 25 septembre 2026 - Modifié à 11 h 31 min
Par Stéphanie Gagnon
J'ai toujours eu de la facilité à écrire, depuis mon école primaire en fait, j’ai d’ailleurs remporté un premier concours de poésie en 1986. J’ai jamais su chanter ou comprendre le fun qu’on peut avoir à courir un marathon, mais donnez-moi une feuille blanche et je m’arrange. 

Ça m’a permis de me distinguer tout au long de ma vie, cette facilité avec l’écriture. Ma force. C’est là-dedans que je suis bonne. Mais, aujourd'hui, n'importe qui peut écrire une chronique comme celle-ci en trente secondes. 

Le tollé entourant l'affaire Thélyson Orélien m'a amenée à réfléchir à ce qui me dérange réellement avec l'intelligence artificielle, et c’est de rendre parfaitement ordinaire ce qui nous distingue, les humains. 

Je ne suis pas la seule à vivre cette crise existentielle. Le graphiste, le traducteur, le photographe, le réviseur, le programmeur, le musicien... Tous ces gens ont passé des années à développer une expertise qui est désormais reproductible en quelques clics.

À bien y penser, je ne devrais même pas être surprise qu’on soit rendu là. Depuis le tout début de l’humanité, on a travaillé à devenir inutile. En inventant des machines pour labourer les champs, d’autres pour préparer les repas, des robots pour nettoyer les planchers et des tondeuses qui se passent toutes seules. 

Pendant qu’on habite des maisons qu’on serait incapable de construire et qu’on mange des légumes qu’on ne saurait pas faire pousser. On parcourt des centaines de kilomètres sans savoir où on va parce que nos beaux écrans de char nous disent par où passer. 

Nos ancêtres possédaient des connaissances essentielles à leur survie. Mais nous, on est ben plus avancés et plus forts, on a des mots de passe. J’exagère, parce qu’à bien y penser je n’ai pas tant le goût de mourir d’une infection dentaire ou de laver mon linge dans un ruisseau. C’est bien correct que le progrès nous ait libérés d’une quantité de tâches pénibles. 

Mais on est rendu tellement trop dépendants de trucs qu’on ne saurait pas reproduire ! On a délégué à des machines l’utilisation de nos muscles de sorte que pour les entretenir, faut bouger autrement que par le travail, et on s’apprête à déléguer notre pensée à une technologie. 

‘C’est pour sauver du temps !’ Vraiment ? Je pense pas avoir été aussi occupée de ma vie et je remarque qu’autour de moi, tout le monde semble toujours aussi pressé. Et même avec une bonne partie des tâches humaines automatisées, on continue de parler de productivité, productivité…

Ça et tout ce qu’on décide de ne plus apprendre parce qu’une machine peut le faire à notre place. C’est ça le vrai problème. Pas que la machine devienne plus intelligente que nous, mais que nous on trouve que ça devienne inutile de l’être.

RECOMMANDÉS POUR VOUS


Publié à 15h50

Faire sa carrière à la maison

Plusieurs attendaient cette confirmation et maintenant l’attente est terminée : Hockey Québec confirme l’instauration d’une division québécoise universitaire pour le hockey sur glace. Après des années à voir Trois-Rivières, Concordia et McGill disputer leur saison dans la division ontarienne, la province aura sa propre ligue avec six ...

Publié le 18 septembre 2026

Qui a tué l’ombudsman?

Plusieurs citoyens, dont certains membres du conseil municipal, s’interrogent sur ce qu’est devenu le service d’ombudsman à Saguenay. Le Vérificateur général de Saguenay, Jonathan Desbiens, répond à cette question dans son rapport récemment rendu public. L’ombudsman est mort au feuilleton. Loin de répondre aux services des citoyens, ...

Publié le 17 septembre 2026

Des États généraux de quoi ?

Après une campagne publicitaire sans précédent, tout est prêt pour les États généraux de Roberval. Environ 2 700 personnes (ce qui est tout de même une bonne participation) ont répondu au sondage général en marge de l’événement. Les résultats ne réservent toutefois aucune surprise : près de 95 % des répondants affirment que la ...