Chroniques

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La jasette de la gazette

Peinturer par-dessus l’histoire.

Le 10 septembre 2026 — Modifié à 07 h 00 min
Par Stéphanie Gagnon

Quand j'étais petite, à l'école, on nous parlait de Pointe-Bleue. Aujourd'hui, on dit Mashteuiatsh.

Et depuis quelques années, on entend de plus en plus souvent Pekuakami pour parler du lac Saint-Jean, parce qu’il possédait évidemment un nom avant d’être rebaptisé. Je ne pense pas que demain matin tout le monde va arrêter de dire lac Saint-Jean, mais on remarque quand même la tendance qu’on s’intéresse à ce qu’il y avait, avant.

Ce ‘mouvement’ dépasse largement les frontières du Québec. Bombay est redevenue Mumbai. La Rhodésie est redevenue le Zimbabwe, l’île de Pâques est de plus en plus connue sous son nom d’origine, Rapa Nui. On remet d'anciens noms sur les cartes parce que ce qui a existé a de l’importance.

Aux États-Unis, on a redonné son nom autochtone de Denali au Mont McKinley en Alaska mais Trump a renversé pour revenir au nom américain, faisant honneur au président McKinley qui n’a jamais même posé le pied en Alaska.

Quand une joke s’écrit tout seul.

Une carte géographique, c’est un peu comme une couche d’histoire. Tu peux gratter pour voir ce qu’il y a en dessous, mais certains préfèrent peinturer par-dessus et s’en sacrer, par des décrets aussi débiles que de renommer le lac Ontario ‘Lake America’.

Ce lac qui était là bien avant les États-Unis et le Canada. Je ne sais pas comment Donald Trump va gérer les Nebraska, Dakota, Mississipi de son territoire, une bonne partie de la map des États-Unis est couverte de noms dont les racines sont autochtones. Sont-ils à risque ?

Le Michigan pourrait devenir le Great Water State ? Quoique le président pense probablement que Michigan, ça veut dire ajouter de la sauce à spag dans un hot-dog.

Les noms des lieux, c’est loin d’être anodin. Ça raconte qui était là, qui est arrivé ensuite, qui a gagné ou perdu…Pis c’est le fun qu’on essaie aujourd’hui de retrouver les noms de ceux qui ont été effacés. Et le réflexe derrière Lake America, en dehors du ridicule de la chose, c’est qu’elle émane de cette vieille idée que quelqu’un s’octroie le droit de nommer quelque chose qui ne lui appartient pas.

C’est pas un exercice de toponymie mais de pouvoir. Pis ça m’écoeure profondément parce que chaque jour qui passe démontre à quel point ce président américain est d’une grande petitesse.

Dans le fond, ‘Lake America’, c’est juste la version présidentielle d’un chien qui lève la patte. Je me serais attendue à ce qu’un président se soucie un minimum du droit international avant de pisser sa connerie, mais on est tellement pu là avec Donald Trump.

Et même si le sujet est d’importance, j’ai peur d’imaginer tout ce qu’on ne regarde pas pendant quand on parle de ça…

Et en bout de ligne, il ne faudra pas effacer Donald Trump quand il ne sera plus là. Son passage nous démontre que la démocratie est fragile et que les civilisations qu’on croit indestructibles peuvent basculer. Pis ça me fait penser à la planète des singes et à la statue de la Liberté ensablée qui nous révèle que les humains, avant, avaient été quelque chose. Je ne fais pas confiance à Donald Trump pour prendre soin de ce qu’on pense acquis. Faudrait juste pas que dans quelques siècles, son seul vestige soit une Trump Tower qui dépasse du sable. Ça voudrait dire qu’on l’a laissé faire.

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