C’est toujours intéressant de prendre connaissance d’un autre point de vue, sinon plus objectif au moins plus élargi, d’un observateur décalé d’une situation.
Le politicologue Massimo Bergamini publiait récemment dans Le Devoir son analyse de l’élection fédérale partielle dans Chicoutimi-Le Fjord. Il arrive à la conclusion que le vote favorisera le Bloc québécois. Il écrit : « En provoquant cette partielle, M. Carney croyait sûrement ébranler l’assise conservatrice. L’effondrement du vote caquiste (aux élections provinciales sic.) au Saguenay signifie plutôt qu’il pourrait avoir ouvert la voie au Bloc ». Bergamini, comme moi, croit fermement aux vases communicants dans le domaine politique québécois.
C’est qui ce gars-là?
Connu pour ses interventions dans le domaine des affaires publiques, Massimo Bergamini occupe aujourd’hui la direction de l’association des Producteurs de fruits et de légumes du Canada (PFLC). Il a été conseiller de députés et de ministres fédéraux.
Il pose son diagnostic politique sur le fait qu’historiquement les conservateurs fédéraux pouvaient puiser dans un électorat nationaliste, fédéraliste et culturellement conservateur. Bergamini croit qu’avec la remontée du nationalisme québécois, cet électorat est maintenant disponible pour le Bloc. Il appuie son affirmation sur les résultats des élections provinciales de février dernier où la candidate péquiste, Marie-Karlynn Laflamme, l’a emporté en faisant fondre l’avance de la CAQ de 62,3% à 12%.
Le danger vient d’ailleurs
La prédiction de l’ex-conseiller politique, vue de loin, semble tenir la route. Il oublie même un élément qu’il aurait pu ajouter en parcourant le terrain où se livre la bataille. Le choix du candidat libéral par le premier ministre Carney, quoique judicieux en pleine crise commerciale avec les États-Unis, n’en a pas moins froissé plusieurs membres du parti Libéralal de la circonscription. Ce qui pourrait ajouter à l’effet escompté par M. Bergamini et aider la faction nationaliste.
Cependant, on doit aussi considérer que l’élection se tient dans une région où la ruralité se sent particulièrement concernée par les négociations avec les États-Unis. Le candidat libéral Daniel Gobeil apparaît toujours comme le mieux renseigné sur ces questions et surtout le plus susceptible de travailler avec un parti au pouvoir.
Le défilé ministériel
M, Bergamini omet dans son analyse une autre dimension de cette élection partielle: la venue en région des chefs de partis, mais surtout, le défilé des ministres du gouvernement libéral au pouvoir, qui viennent prendre contact avec la population et ses leaders.
Ces hauts gradés dans l’échelle des décideurs politiques en profitent pour rencontrer les maires, dont celui de Saguenay, qui leur font réaliser combien la région pourrait être lourdement touchée par la nouvelle offensive tarifaire du président Trump. C’est l’occasion de rappeler à ces dirigeants canadiens que notre région produit 30% de tout l’aluminium du pays et beaucoup de bois d’œuvre, des produits déjà surtaxés par nos voisins du Sud. Ce pays le plus protectionniste au monde qui ne peut concevoir que le Canada veuille protéger son industrie agraire par une gestion de l’offre.