Alors que Chicoutimi célèbre son 350e anniversaire, les archéologues du poste de traite profiteront de l'occasion pour mener une ultime campagne de fouilles bonifiée. Pendant huit semaines, chercheurs et citoyens exploreront ensemble les vestiges d'un site qui témoigne des origines de la ville.
Les recherches sur le site du poste de traite ont initialement débuté en 2013 et ont été interrompues pendant deux ans en raison de la pandémie de COVID-19. Reprises en 2023, elles se concluront cet été, coïncidant ainsi avec les célébrations du 350e anniversaire de Chicoutimi.
Pour l’occasion, au lieu d’être menées sur une période de quatre semaines, les recherches archéologiques s’échelonneront sur huit semaines et comprendront également des journées de travail supplémentaires.
Les visiteurs auront l’occasion de participer à des fouilles publiques et de découvrir, le temps d’un instant, le métier d’archéologue ainsi que sa mission.
« C’est vraiment une heureuse coïncidence. Comme c’est à la fois la dernière année et le 350e anniversaire de Chicoutimi, on met le paquet », ajoute le professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi et coordonnateur des fouilles, Éric Langevin.
Après toutes ces années de recherches, les découvertes réalisées sur le site ont largement dépassé les attentes des archéologues.
« Jamais on ne se serait attendu à ce qu’il reste autant de vestiges de bâtiments, ça c’est clair. Avec la fermeture du poste de traite et la construction, par la suite, du moulin de la compagnie Price à cet endroit, on aurait pu s’attendre à ce que tout ce qui avait été bâti auparavant soit détruit. Découvrir autant de choses, c’est exceptionnel et on continue d’en découvrir d’année en année. »
En trois ans, plus de 50 000 artéfacts ont été mis au jour. Ceux-ci vont de morceaux d’armes et de pièges à des tessons de céramique, en passant par des ornements tels que des boutons et des bagues, ainsi que des déchets alimentaires, entre autres.
« Tout dépendant du bâtiment sur lequel nous travaillons, nous ne retrouvons pas les mêmes artéfacts. Nous avons notamment découvert un sceau de marchandise datant de 1771, inscrit en cyrillique, qui nous a permis de retracer le parcours qu’avait emprunté à l’époque un ballot de chanvre ou de lin pour se rendre jusqu’à Chicoutimi », explique la professionnelle de recherche à l’UQAC et chargée de terrain au poste de traite de Chicoutimi, Jany-Claude Bouchard.
Un site exceptionnel
Le poste de traite de Chicoutimi constitue la première trace de l’établissement des allochtones dans la région ainsi que des échanges commerciaux avec les peuples autochtones. M. Langevin souligne que la présence de ces vestiges représente une occasion exceptionnelle.
« C’est assez rare de trouver, en région, des sites de la sorte et des bâtiments datant de cette époque qui sont encore en place. Nous avons parfois l’emplacement, mais il ne reste plus rien sur le plan archéologique. »
C’est à la suite de cette découverte remarquable et dans le souci de préserver le site que la Ville de Saguenay a décidé d’entreprendre des recherches archéologiques. Une fois les fouilles terminées, le poste de traite de Chicoutimi sera également aménagé en parc patrimonial accessible à la population. La mise en valeur des vestiges et des artéfacts permettra aux visiteurs de découvrir les origines de ce qui est aujourd’hui devenu la plus grande ville du Saguenay–Lac-Saint-Jean.
La suite des choses
En plus de passer à l’étape de l’interprétation des données pour le grand public, c’est également dans le souci de laisser aux prochaines générations d’archéologues la possibilité de réaliser leurs propres découvertes sur le site que l’équipe de M. Langevin et de Mme Bouchard mettra fin à ses opérations. Cette décision permettra aussi à de nouvelles technologies de se développer au fil du temps et ainsi de favoriser des découvertes encore plus remarquables.
« Nos découvertes nous en disent extrêmement long sur la vie quotidienne des gens, sur ce qu’ils mangeaient ou encore sur la façon dont ils passaient les longues soirées d’hiver. […] Un archéologue, c’est un peu comme un détective qui arrive sur une scène de crime. Il s’est passé un paquet de choses et le travail consiste à la fois à documenter le site avant qu’il ne soit trop perturbé, à récupérer les objets et à les envoyer aux nombreux spécialistes qui nous aident à identifier les différentes composantes. Plus on a de gens autour de nous pour nous aider, plus on est capables de reconstituer l’histoire au bout du compte », conclut M. Langevin.