L’artiste en arts numériques Paolo Almario, installé à Chicoutimi depuis 2011, a remporté le Grand Prix du concours international State of the ART(ist) 2026 grâce à son installation intitulée Marmelade. L’œuvre a été choisie parmi 561 candidatures provenant de 86 pays.
Doté d’une bourse de 6 000 euros, le prix est remis conjointement par Ars Electronica, considéré comme le plus ancien festival d’art et de technologie au monde, et par le ministère fédéral autrichien des Affaires européennes et internationales. Cette récompense vise à soutenir les artistes dont l’existence ou la liberté sont menacées par des contextes politiques, des conflits armés ou des situations de persécution.
Au-delà de la reconnaissance artistique, Paolo Almario utilise cette tribune internationale pour réclamer une observation indépendante du dossier judiciaire visant son père, l’ancien député colombien Luis Fernando Almario Rojas.
Une installation autodestructrice
Créé en 2018, Marmelade met en scène plusieurs portraits d’individus liés aux procédures judiciaires engagées contre le père de l’artiste. Chaque visage est constitué d’une photomosaïque composée de plus de 4 000 microphotographies d’étiquettes de confiture colombienne, minutieusement épinglées sur des panneaux de plexiglas microperforés au laser.
À distance, le spectateur distingue clairement les traits d’un visage. En s’approchant, l’image se décompose en une multitude d’étiquettes individuelles. Pendant toute la durée de l’exposition, des mécanismes automatisés détachent progressivement ces fragments, détruisant photo après photo, les portraits exposés.
Au centre de l’installation, les morceaux tombent sur une table et sur le sol, où ils se mêlent aux miettes de pain et aux traces de confiture laissées par les visiteurs. Ces derniers sont invités à partager du pain accompagné de confiture colombienne.
Le titre Marmelade fait d’ailleurs référence à une expression utilisée en Colombie pour désigner la distribution clientéliste du pouvoir politique. Dans l’interprétation proposée par Almario, la disparition graduelle des portraits inverse cette logique : ce qui symbolise le pouvoir est littéralement redistribué au public à travers l’acte de manger.
Une présence remarquée sur la scène internationale
Présentée pour la première fois au centre d’art actuel Le Lieu, à Québec, l’œuvre a ensuite circulé à travers le Québec avant d’atterrir, en 2024, au festival Scopitone, en France.
Cette année, Marmelade sera présentée au festival Ars Electronica, à Linz, en Autriche, du 9 au 13 septembre 2026, dans le cadre de l’exposition thématique Negotiating Humanity. L’œuvre poursuivra ensuite son parcours à la Biennale des imaginaires numériques de Marseille, à la Friche la Belle de Mai, du 24 octobre au 13 décembre 2026.
Les Québécois auront également l’occasion de rencontrer l’artiste lors de sa résidence de création au Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, présenté au Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul du 3 au 30 août 2026.
Une démarche artistique ancrée dans une histoire familiale
Pendant plus de trente ans, la famille de Paolo Almario a été la cible de persécution. Celle-ci comprend notamment le bombardement de la maison familiale à Florencia, en 2001, par les Forces armées révolutionnaires colombiennes.
Depuis son arrivée au Saguenay-Lac-Saint-Jean, il examine les procédures judiciaires visant son père qu’il documente sur le site Web casoalmario.com. Reconnu comme réfugié par le Canada en 2015, l’artiste soutient que plusieurs accusations contre ce dernier reposent sur un dossier comportant de graves atteintes au droit à un procès équitable.
Dans le texte soumis à Ars Electronica en juin dernier, Paolo Almario décrit toute l’affaire visant son père pour crimes contre l’humanité de « fabriquée ». Le dossier demeure actuellement à l’étude devant la Juridiction spéciale pour la paix, le tribunal de justice transitionnelle créé à la suite de l’accord de paix colombien de 2016.
L’artiste demande non seulement une surveillance internationale du processus judiciaire, mais souhaite également que cette affaire fasse l’objet d’analyses universitaires et de travaux de recherche.
Une figure importante des arts numériques au Saguenay
Titulaire d’une maîtrise en arts de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) depuis 2014, Paolo Almario enseigne comme chargé de cours au Département des arts, des lettres et du langage de l’établissement.
Récompensé en 2018 par le Prix du CALQ – Créateur de l’année au Saguenay–Lac-Saint-Jean, il a également cofondé en 2021 Chicoutimi Ubchihica, présenté comme le premier centre consacré à la recherche et à la création en arts numériques au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Il préside par ailleurs le Conseil des arts de Saguenay.