C’était à une autre époque, quand il n’y avait ni Internet ni réseaux sociaux. Les années 1970 à 1990 ont été les plus belles années de la radio. Certains le craignaient, d’autres le détestaient, mais les sondages radiophoniques confirmaient que la grande majorité de la population l'adorait. Louis Champagne ne laissait personne indifférent et il est devenu le roi des ondes.
Les nombreux témoignages entendus ou lus à la suite du décès de Louis confirment tous son grand talent de communicateur et la place qu’il a occupée dans l’esprit collectif de la région.
Durant plus de 10 ans, j’ai eu la chance de partager une chronique quotidienne à la radio avec Louis Champagne. J’en étais encore à mes débuts dans le métier, mais le roi prenait plaisir à discuter avec moi tous les matins. D’un Louis à l’autre me permettait d’informer les auditeurs du Saguenay sur les faits marquants de l’actualité du Lac, et Louis, de son côté, nous donnait ses points de vue.
De cette collaboration est née une amitié, mais surtout un grand respect pour cet homme. Louis était une personne de cœur, très généreuse, passionnée de bonne bouffe, de bon vin, de radio et de musique. Ils sont comme ça, les gens passionnés : ils ressentent les choses avec force. Leur joie est contagieuse et visible. Ils croient fermement en leurs projets et les échecs les motivent à recommencer. Mais les gens passionnés sont intenses et manquent parfois de nuance. Ils ont parfois du mal à déconnecter et aucun obstacle ne semble les arrêter. Oui, il était comme ça.
Dans nos nombreux échanges, j’ai vite compris qu’il était un grand régionaliste qui n’acceptait pas que les boss de la radio de Montréal décident pour les gens de la région. J'ai compris qu’il avait un profond dégoût pour les abuseurs qui profitaient du système pour s’en mettre plein les poches ou pour les politiciens qui racontaient du blabla. Mais Louis n’a jamais fait les choses dans la nuance, avec les conséquences qui vont avec.
Oui, il s’est servi des ondes pour aider les auditeurs, pour les réveiller parfois, pour faire avancer les choses, pour dénoncer des injustices et des abus. Oui, il est allé parfois trop loin, mais je crois qu’au cours de sa carrière, il a fait beaucoup plus de bien que de mal.
Il n’y aura pas d’autre Louis Champagne ; cette époque de la radio est révolue. Les animateurs d’aujourd’hui sont maintenant encadrés par des normes de plus en plus rigoureuses qui ne laissent pas vraiment de place à ce que nous appelons la liberté d’expression. Un con c’est un con, mais nous ne pouvons plus le dire. Il faut nuancer, trouver d’autres mots ; alors ce n’est plus blanc ou noir, ça devient gris.
Merci, Louis Champagne, d’être passé dans ma vie. J’ai été chanceux d’avoir gagné ta confiance. Tu as fait de moi, sans le savoir, un meilleur animateur, mais surtout un meilleur humain, et je sais que je ne suis pas le seul.