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L'opinion du lecteur

Incohérences dans le financement des soins aux aînés en perte d’autonomie : nous dirigeons-nous vers une privatisation de la perte d’autonomie au Québec?

Le 06 mars 2026 — Modifié à 16 h 13 min le 04 mars 2026
Par Simon Tremblay, directeur général de l’AQDR Chicoutimi

À l’approche de l’entrée en vigueur, le 1er avril prochain, de nouvelles modalités d’achat de services en résidence privée pour aînés (RPA) par le CIUSSSS, les AQDR de la région du Saguenay Lac-St-Jean souhaitent exprimer publiquement leurs profondes inquiétudes. Ces changements auront-ils des conséquences majeures sur la situation financière et la qualité de vie des aînés de notre région qui vivent en RPA?

D’abord, l’entrée en vigueur de l’allocation personnalisée pour l’achat de services en RPA le 1e avril ajoute un fardeau administratif important pour des personnes qui, bien souvent, vivent déjà avec des limitations fonctionnelles significatives et pour leurs proches. Présentée comme une mesure d’harmonisation, elle risque surtout d’alourdir les démarches et de refiler encore plus la facture aux aînés.

Mais au-delà de cette lourdeur administrative, c’est l’injustice flagrante créée par ce changement qui nous préoccupe.

Dans notre région, comme ailleurs au Québec, plusieurs aînés présentant une cote IsoSMAF (Système de mesure de l’autonomie fonctionnelle) entre 8 et 13 demeurent en RPA faute de places disponibles en ressources intermédiaires (RI) ou en CHSLD. Rappelons que cette cote correspond à des incapacités allant de modérées à sévères. Ces personnes reçoivent plusieurs heures de soutien à domicile pour accomplir leurs activités de la vie quotidienne (AVQ).

Pourtant, elles doivent assumer un fardeau financier jusqu’à trois fois plus élevé que des personnes ayant exactement le même niveau de perte d’autonomie, mais hébergées en RI, en CHSLD ou hospitalisées en attente d’une place.

Comment justifier qu’un aîné en RPA paie de sa poche des services essentiels, alors qu’un autre, avec la même condition, bénéficie du programme de contribution pour adultes hébergés?

Ce changement soulève également un enjeu fondamental de respect des engagements contractuels. Plusieurs aînés ont signé leur bail et leurs ententes de services en RPA dans un cadre financier et organisationnel précis. Modifier unilatéralement les modalités de financement et la structure de paiement des services essentiels vient bouleverser cet équilibre et entraîne, dans les faits, un non-respect de l’esprit du contrat que représente le bail. Les aînés ne devraient pas subir les conséquences de décisions administratives qui transforment, en cours de route, les conditions sur lesquelles ils se sont engagés.

Nous nous retrouvons devant un système à deux vitesses qui pénalise des personnes souvent installées en RPA par manque d’alternative.

Sommes-nous en train d’assister, au Québec, à une privatisation accélérée de la perte d’autonomie?

Les AQDR de la région estiment que le gouvernement doit reconnaître l’incohérence de son approche actuelle. Les aînés ne devraient pas être victimes d’un manque de places dans le réseau public ni d’un modèle de financement qui les pousse à assumer des coûts disproportionnés pour des services essentiels à leur dignité.

Nous demandons au gouvernement du Québec :

1. d’harmoniser les mécanismes de financement pour que les aînés ayant les mêmes besoins reçoivent un soutien équitable, peu importe leur lieu de résidence;

2. de réduire le fardeau administratif imposé aux personnes en perte d’autonomie et à leurs proches;

3. de revoir l’application de l’allocation personnalisée afin qu’elle ne devienne pas un outil de transfert de responsabilités vers les individus.

Les AQDR de la région poursuivront leurs travaux pour dénoncer ces incohérences et défendre les droits des personnes âgées de notre région, et invitent toute personne concernée à contacter leur AQDR locale ou l’AQDR Chicoutimi au 418-543-8347 pour témoigner ou s’informer. De plus, si vous vous retrouvez dans une situation similaire et souhaitez formuler une plainte ou obtenir de l’aide concernant un litige lié à votre bail, vous pouvez communiquer avec le Centre d’assistance et d’accompagnement aux plaintes (CAAP) au 418-662-6774.

Nos aînés méritent mieux. Ils méritent un système cohérent, juste et humain.

 

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