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La jasette de la gazette

Allergique aux moules

Le 27 août 2026 à 07 h 00
Par Stéphanie Gagnon

Il paraît qu'en tant que parent, je devrais célébrer la rentrée. Enfin le retour à la routine! Les beaux petits lunchs pis les crayons neufs, les étiquettes d’identification, le retour à la ‘normale’ dans une ambiance bercée d’une douce odeur automnale et le retour prochain de STAT…

Ark. Qu’on se comprenne, c'est pas que je n'aime pas l'école (ou STAT). J’adore voir un enfant découvrir quelque chose, poser des questions sans fin jusqu’à ce que j’aie à répondre ‘eille sais-tu ? Aucune idée, on va regarder’.

J'aime les apprentissages. Ce que j’aime moins, c’est le moule, ce qui a été mis en place pour faire entrer 500 petits humains dans le même système.

On a construit des journées autour d’un cerveau théorique qui se concentre au bon moment, tolère bien les transitions, reste assis quand on le lui demande, s’organise naturellement et réussit à maintenir le même niveau d’attention moyen toute la semaine, tout en ayant faim aux heures prévues.

Dès qu'un enfant s'éloigne un peu trop du cerveau-modèle, on intervient. Je comprends la nécessité d'une structure, c’est clair qu’une école pourrait difficilement fonctionner si on attend que tout le monde soit émotionnellement disponible pour les mathématiques…

Je trouve ça terriblement neuro-normatif, l'école. L’idée qu’il existe un rythme normal pour apprendre, une durée normale pour se concentrer, une heure normale pour avoir faim… Même le monde du travail commence remettre certaines de ces rigidités en question ! On a longtemps associé le professionnalisme avec le fait d'être en poste précisément de telle heure à telle heure. La présence rigoureuse n’est pas toujours associée à la compétence, on a tous des exemples dans nos vies professionnelles.

Chez Trium, c'est quelque chose dont je suis assez fière : nos employés nous disent souvent apprécier la flexibilité qu'ils ont chez nous. Pas de l’absence de cadre, mais de flexibilité à l'intérieur du cadre.

Entre ‘fais ce que tu veux’ et ‘tout le monde doit fonctionner exactement de la même manière’ il y a un monde.

Je suis persuadée que les jeunes seraient gagnants avec, par exemple, de plus longues plages d'apprentissage et davantage de projets qui mélangent les matières. Leur donner la possibilité de travailler debout ou de bouger de façon à ce que ça ne dérange personnes, ou créer des espaces pour ceux qui ont besoin de silence et d'autres pour ceux qui réfléchissent mieux en échangeant.

On pourrait enseigner aux enfants à gérer leur temps en leur donnant, quelle idée farfelue ! Du temps à gérer, pour vrai. Au lieu de leur dire quand commencer, quand arrêter… On

leur apprend à s’organiser, à prendre des initiatives et à développer une véritable autonomie.

Je ne propose évidemment pas d'abolir les horaires mais quand un enfant fonctionne moins bien dans le moule, on pourrait pas l’assouplir un peu, le moule ? Ou en avoir plusieurs.

Je manque peut-être un peu d’objectivité sur la question. J’ai toujours eu un problème avec les moules. J’y suis allergiques, mêmes à celles qu’on mange avec des frites. Mon système immunitaire a une ligne éditoriale.

Et avant qu’on me dise que les profs en ont déjà plein les bras, je l’sais ! C’est justement pour ça que je me demande si on ne gagnerait pas tous à arrêter de vouloir faire entrer autant de monde dans la même forme.

Le moule épuise aussi ceux qui doivent le faire respecter.

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