Chroniques

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Les ennemis de mes ennemis

Le 13 mars 2025 — Modifié à 14 h 22 min le 12 mars 2025
Par Roger Lemay

En sommes-nous vraiment rendus là? Winston Churchill, durant les deux premières très longues et éprouvantes années de la deuxième guerre mondiale, fut laissé à lui-même, avec une poignée d’aviateurs pour défendre son île face à la puissante Luftwaffe. Il lui fallait tenir avec les moyens du bord. Ce qu’il fit jusqu’à ce que les États-Unis entrent dans le conflit, à la suite du raid japonais sur Pearl Harbor. Or, pour en arriver à vaincre les Allemands, il n’a pas hésité à s’allier avec Staline, dont il n’appréciait pourtant pas vraiment les manières. Le mariage entre Staline et Churchill fut un mariage de raison et non d’amour. Mais en temps de guerre et de crise, on se met en mode survie, en levant un peu le pied sur ses principes, si c’est nécessaire.

Le Canada, en tant que nation voisine des États-Unis, a toujours entretenu des relations économiques étroites avec son partenaire de la frontière sud. Nous étions «amis». Mais l’entrée en vigueur des tarifs douaniers et la nouvelle politique commerciale unilatérale mise en place par Washington a l’effet d’une déclaration de guerre. Elle est d’autant plus incompréhensible   qu’elle provient d’un partenaire de toujours. Et on le voit depuis des semaines maintenant, c’est très déstabilisant. La Bourse joue au yoyo, au gré des décisions du président Trump. Or j’en suis venu à me demander si nous, les Canadiens, nous ne sommes pas victimes de notre propre laxisme. Pour en revenir à la seconde guerre mondiale, une fois le conflit remporté finalement par les Alliés, bon nombre d’analystes (dont le président John F. Kennedy dans son livre Why England Slept) se sont demandé pourquoi l’Angleterre était si mal préparée pour la guerre. Aujourd’hui, on peut se demander aussi pourquoi le Canada a dormi, pourquoi est-il si vulnérable, affaibli, victime et dépendant des décisions d’un seul homme. C’est clair, avoir tenu pour acquise la relation commerciale entre nos deux pays fut une erreur. Et dans ce contexte, le Canada n’a désormais d’autre choix que d’établir un plan de contre-attaque.

J’ai lu pas mal de papiers d’économistes depuis deux semaines et on pourrait résumer ce plan à 2 actions prioritaires. Un: viser une plus grande autosuffisance. Bref, consommer davantage nos propres produits. Les premiers ministres du pays se sont d’ailleurs déjà mis à l’œuvre en légiférant pour faciliter les échanges interprovinciaux. Il était temps. Deux : la diversification de nos marchés d’exportations.  Il faut réduire notre dépendance vis-à-vis des importations américaines mais aussi vendre nos produits à d’autres. Verra-t-on renaître l’idée d’agrandir le pipeline pour exporter du pétrole vers l’Asie via la Colombie-Britannique? Verra-t-on renaître GNL, qui permettrait de vendre, notamment à l’Europe, du gaz liquéfié, via le port de Saguenay? Devrions-nous se rapprocher et établir des ponts avec la Chine? Elle est autosuffisante en aluminium mais pas en bois. La Chine, un pays communiste! Devrions-nous boycotter la Floride et aller plutôt se prélasser sur les plages de Cuba? Cuba, un pays communiste! Comme en 1940, alors que l’Angleterre s’est alliée avec la Russie, la situation actuelle nous fait songer à de bien drôles d’associations.

Mais, en guerre comme en temps de crise, parfois les ennemis de tes ennemis deviennent tes amis.

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