Chroniques

Temps de lecture : 1 min 46 s

Retourne dans ton pays

Le 18 avril 2024 — Modifié à 15 h 57 min le 17 avril 2024
Par Alexandra Gilbert

Quand j’ai décidé de chroniquer à propos de l’immigration, on m’a dit, ouf t’es sûre ? Gros sujet, sous quel angle ? Comment ? T’as pas peur d’avoir l’air raciste ?

De l’angle du cœur, quel autre ?

Ça fait 12 ans que j’ai adopté le Lac Saint-Jean comme maison du cœur et du corps et même ici, d’une métropole à la région, j’ai dû m’adapter et me moduler, avec le temps, changer pour y être bien et m’y mouvoir confortablement.

Je suis née dans Côte-des-Neiges, à Montréal. Je ne vivais pas dans le Côte-des-Neiges universitaire, je vivais à la limite du ghetto, là où c’était moi qui étais spéciale, en étant blanche et francophone de souche. Se mariaient les couleurs, les odeurs et les cultures, et cohabitaient dans les ruelles les enfants qui ne parlaient pas tous la même langue, mais jouaient ensemble grâce au langage universel de l’enfance.

Je parle d’il y a 25 ans. De classes d’accueil, de processus d’intégration imparfait, mais qui suffisait à la demande, et d’une adaptation lente et sécuritaire.

L’immigration est une nouvelle relation entre une famille et une terre d’accueil, un choix mutuel dans lequel on apprend à vivre ensemble, à s’adapter dans les limites de l’un et l’autre. Elle peut se faire sainement à la seule condition qu’on ait le temps et la patience de la développer cette relation, qui deviendra riche et fructueuse si et seulement si on lui en laisse le temps. Avec patience, des attentes claires, empathiques et réalistes, oui, ce sera beau, grandiose même.

Il est impossible de la brusquer, de forcer, auquel cas cette relation est violente et grugera l’un ou l’autre, l’âme de l’immigrant qui deviendra aigri et malheureux, l’âme du pays qui accueille, qui sera déchirée.

J’entends : « Ils se ghettoïsent, ils parlent et on comprend pas, ils nous méprisent, ils sont bizarres »

Même les Québécois se rassemblent dans le Sud, en tant que glorieux Tabarnacos una cervaza por favor, rire gras.

Imagine si on t’accueillait à coups de regards haineux et de « Retourne dans ton pays ». Imagine si tu n’avais pas la sécurité de retourner dans ton confort après 2 semaines à te faire servir.

C’est normal de se tourner vers ce qu’on connaît quand on est déporté.

Tu ne serais pas menacé par la différence si ta confiance en ton identité était solide.

Contrôler son immigration, c’est prendre le temps de bien recevoir, accueillir.

Ça se fait, les mains sur le volant, en ouverture et en respect mutuel. Ne pas brusquer, ne pas surcharger. Laisser le temps à la magie de s’opérer.

J’y crois.

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